Donnons tout son goût à la vie

Vivre le temps pascal avec le Pape François

Le jour de Pâques, le diocèse de Namur, nous a exhortés à l’espérance, en vivant dans cette attitude spirituelle le temps qui nous prépare à recevoir l’Esprit, le jour de la Pentecôte. Nous avons été invités à donner tout son goût à la vie. Le comédien, Philippe Vauchel, nous a envoyé un message pour que « nous ouvrions toutes grandes les fenêtres de ce monde ».

De son côté, le Pape François dans son livre « Un temps pour changer » suggère que « les temps que nous vivons sont décisifs. » (page 11)

C’est pourquoi, pour donner du sens à notre vie, pour accompagner la démarche inspirée par le diocèse, la Lettre de la Chapelle vous propose au long de ces semaines pascales une lecture du livre du Pape François.

Le 27 mars 2020, le Pape bénissait le monde, seul sur la place Saint-Pierre. Un journaliste, Austen Ivereigh, à cette vue, découvre « un pilote dans la tempête pour guider l’humanité à travers l’une de ses nuits les plus sombres. » Alors il décide de rencontrer cet homme, de dialoguer et d’écrire ce livre avec lui pour aider l’humanité à traverser cette crise sans précédent.

Ce sont ces pages que nous allons lire ensemble.

Nous avancerons progressivement dans la lecture du livre, de dimanche en dimanche, en parcourant les trois chapitres (de 1 à 3) et tous les sous-titres. Notre lecture sera émaillée de commentaires, de citations brèves et de textes à télécharger pour approfondir la compréhension.

Henri Aubert sj
Chapelain de la Chapelle Universitaire ND de la Paix

  • Présentation du livre sur le site de Flammarion
  • La lecture du livre par René Poujol sur son propre site
  • Livre disponible au prix de 16,90 €, à la Chapelle Universitaire ND Paix, au Centre Diocésain de Documentation, rue du Séminaire à Namur, dans les bonnes librairies.

1. La lecture Dimanche 18 avril
2. La lecture du dimanche 25 avril
3. La lecture du dimanche 2 mai
4. La lecture du dimanche 9 mai
5. La lecture du dimanche 16 mai
6. La lecture du dimanche 23 mai

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1. La lecture Dimanche 18 avril

Le prologue

Dans le Prologue, le Pape François souligne que les crises sont inévitables. Celle que nous visons depuis maintenant plus d’un an, engendrée par la Covid, est particulièrement terrible et mondiale. Il ajoute que tout être humain en ce monde est concerné personnellement : « La question est de savoir si tu vas sortir de cette crise et si oui, comment. »

Deux convictions fondamentales :

  1. L’erreur aujourd’hui est de faire de l’individualisme le principe d’organisation de la société.
  2. Le principe nouveau que le Pape développera dans le livre est que nous avons besoin les uns des autres.

« L’idée que nous pourrions sortir meilleurs de tout cela me remplit d’espérance, conclut le Pape dans son prologue. Mais il nous faut voir clair, bien choisir et agir correctement. Voyons comment. Laissons les paroles de Dieu à Isaïe nous parler : “Viens parlons-en.” Osons rêver. » (page 20)

Ce sont les trois principes traditionnels de l’Action Catholique : Voir – Juger – Agir.

Chapitre 1. VOIR

Ouverture : « Tu vois l’espérance inscrite dans l’histoire de chaque nation et c’est magnifique parce que c’est une histoire de sacrifice, de lutte quotidienne, de vies brisées dans le don de soi. Et au lieu de t’accabler, cela t’invite à méditer et à faire face avec espoir. » (page 23)

Le moment de Noé (page 27)

François pose d’abord le principe de départ : nous appartenons à Dieu, et nous appartenons aussi les uns aux autres. Il nous faut reprendre contact avec la réalité car nous avons toujours une « myopie existentielle », qui peut se traduire par un « je-m’en-foutisme » permanent, qui nous éloigne de Dieu et des autres. Il faut VOIR, regarder la réalité !

Mais le Pape nous annonce une Bonne Nouvelle : « une Arche nous attend pour nous conduire vers un nouvel avenir. La Covid-19 est notre moment de Noé, à condition que nous puissions trouver notre chemin vers l’Arche des liens qui nous unissent : l’arche d’amour et d’une appartenance commune. »

Une culture du service et non une culture du déchet (page 29)

L’autre pandémie : le virus de l’indifférence (page 34)

« L’indifférence bloque l’Esprit en nous fermant aux opportunités que Dieu attend de nous offrir, des opportunités qui débordent de nos schémas et de nos catégories mentales. » (page 36)

Il n’y a pas de honte à trembler un peu (page 37)

« Bien sûr nous hésitons. Face à tant de souffrances, qui ne reculerait pas ? Il n’y a pas de honte à trembler un peu. La peur de la mission peut, de fait, être un signe de l’Esprit-Saint. Nous nous sentons à la fois inaptes à la tâche et appelés à l’accomplir. Il y a une flamme dans notre cœur qui nous rassure : le Seigneur nous demande de la suivre. »

Dès maintenant le Pape nous révèle sa manière de faire en recourant au discernement, en dialogue avec les autres. Il explicitera petit à petit cette notion en lien avec une autre, celle du débordement. Cela conduit évidemment bien au-delà du compromis, même si l’on doit y passer !

2. La lecture du dimanche 25 avril

Nous ne sommes pas nés pour la connexion mais pour l’échange (page 39)

Le Pape François parle d’abord des médias : « durant le confinement, les infos et les réseaux sociaux sont devenus notre principale fenêtre sur le monde pour le meilleur et pour le pire » (39). Ainsi les journalistes ont eu un rôle clé en donnant un sens à ce qui se passait. Par contre les médias ont aussi leur pathologie : ils déforment notre vision de la réalité.

Il précise que « la communication est bien plus qu’une simple mise en contact et elle est plus fructueuse là où les liens de confiance existent : la communion, la fraternité et la présence. » (40)

Il peut alors rappeler combien de nombreuses personnes dans l’Eglise ont réagi à la pandémie en cherchant de nouvelles formes de proximité. Finalement la pandémie est un temps qui bien sûr a provoqué une grande et douloureuse distanciation mais où nous avons pu inventer une manière nouvelle et créative d’être peuple de Dieu.

L’abus est une violation de la dignité humaine (page 42)

François repart de la communication avec Internet qui a son côté positif (pour rester en contact et communiquer entre nous) mais qui n’a fait qu’augmenter la culture de l’abus : les abus de liaison internet, avec tous les autres abus sexuels, de pouvoir, de conscience… Et cela même dans l’Eglise.

Mais le Pape souligne que « nous avons pris des mesures importantes pour éradiquer les abus et pour créer une culture de l’attention capable de répondre rapidement aux accusations. » (43) Il souligne que la société a eu le même réveil.

Mais à partir de ces différents cas d’abus, il comprend que

« la racine du péché est la même. C’est l’antique péché de ceux qui croient avoir le droit de posséder les autres, qui ne reconnaissant aucune limite et qui, sans nulle vergogne, croient pouvoir les utiliser comme ils le souhaitent. C’est le péché qui consiste à ne pas respecter la valeur d’une personne. » (44)

Comme si l’autre n’existait pas (45)

François constate que, dans cette situation de covid, « à quelques notables exceptions près, les gouvernements ont fait de grands efforts pour faire passer en premier le bien-être de leur population, en agissant de manière décisive pour protéger la santé et sauver des vies. » (46)

Mais certains groupes ont protesté car c’était une sorte d’attaque politicienne contre leur liberté individuelle. Par exemple, l’obligation de porter un masque serait considérée comme un abus de pouvoir. Comme si l’autre n’existait pas !

Pour le Pape c’est l’image du narcissisme, de “l’égo blindé”. « Il est trop facile pour certains de prendre une idée – dans ce cas, par exemple, la liberté personnelle – et de la transformer en une idéologie, en créant un prisme à travers lequel ils jugent tout. » (47)

Un peuple libre est un peuple qui se souvient (page 48)

La Pape alors évoque les manifestations antiracistes de ces derniers mois où il y avait ceux qui déboulonnaient les statues de personnages historiques. Et cela l’inquiète car « un peuple libre est un peuple qui se souvient, capable de s’approprier son histoire plutôt que de la renier, et d’en tirer les meilleures leçons. » (48)

Il sait bien que le passé est toujours plein de situations honteuses. Il ne s’agit pas d’effacer la honte du passé mais de le reconnaître tel qu’il est. Le grand risque en effet est de déboulonner des statues pour les remplacer par d’autres, quand ce qu’elles représentent ne parle plus à une nouvelle génération.

« Cela devrait passer par la recherche d’un consensus, le débat et le dialogue plutôt que par des démonstrations de force. » (50)

Le sort de la création est lié au sort de l’humanité tout entière

« Pendant longtemps, nous avons pensé que nous pourrions être en bonne santé dans un monde malade. Mais la crise nous a fait comprendre combien il est important de travailler à un monde en bonne santé. » (50)

A partir de ce constat le Pape aborde le monde comme un don de Dieu pour nous. Il développe alors de fortes convictions autour de l’écologie.

Il raconte d’abord comment est née sa conscience écologique et comment il a été amené à écrire l’encyclique Laudato si‘. Pour lui l’écologie est une prise de conscience et non une idéologie. Mais elle révèle le péché de l’humanité.

« Ce que j’ai vu, c’est la tristesse d’une humanité riche en savoir-faire mais à qui fait défaut la sécurité intérieure de se connaître comme créatures de l’amour de Dieu, une connaissance qui s’exprime dans le respect simultané de Dieu, des autres et de la Création. Une humanité exaspérée par les limites imposées par la nature est une humanité qui n’a pas réussi à maîtriser le pouvoir de la technologie. » (56)

Cela conduit le Pape à affirmer que « notre péché est de ne pas reconnaître la valeur des choses, de vouloir posséder et exploiter ce que nous n’apprécions pas comme un don. » (57)

Nos « covid personnelles » nous révèlent ce qui doit changer (page 58)

Le Pape François est conscient que la covid a engendré des situations dramatiques, mais il pense que cette crise peut avoir des effets bénéfiques si nous réagissons.

« Un “temps d’arrêt” peut toujours être un bon moment pour faire le tri, pour relire le passé, pour faire mémoire avec gratitude de qui nous sommes, de ce que nous avons reçu et de là où nous nous sommes égarés. (…) Ces moments génèrent une tension, une crise qui révèle ce que nous avons dans le cœur. Dans ces moments-là, nous avons besoin des autres pour marcher avec nous. » (59).

Chacun, dans sa vie, a vécu sa “covid personnelle”, et pas uniquement cette année au temps du coronavirus.

C’est l’expérience de beaucoup de personnages de la Bible : par exemple Saint-Paul, le roi David, Salomon, Sansom…

Covid, boulet de canon , même combat ! C’est aussi le cas d’Ignace de Loyola

ll y a 500 ans, le 20 mai 1521, Ignace de Loyola défendait farouchement avec d’autres chevaliers la citadelle de Pampelune, au nom du roi d’Espagne, contre l’ennemi français. Un boulet de canon lui fracassa une jambe et l’immobilisa cruellement pendant de nombreux mois. Cette bataille perdue fit naître en lui un autre combat, intérieur, qui le conduisit à changer toute sa vie pour suivre Jésus et non plus un Roi humain. A l’époque, ce fut pour Ignace sa « covid personnelle ».

Comme Ignace, n’avons-nous pas reçu des « coups de canon » qui ont changé nos vies, nos « covid personnelles » ? N’est-ce pas le moment de revenir sur notre histoire et de méditer afin de « Voir toute chose nouvelle en Christ » ? C’est la proposition de la Famille Ignatienne, avec Prie en Chemin. Tous autant que nous sommes, nous y sommes invités…

Trois Covid dans ma propre vie (page 64)

Le Pape prend alors le temps de raconter longuement trois expériences de sa vie qu’il considère comme ses trois « Covid personnelles ».

  • La maladie à 21 ans.
  • Son séjour en Allemagne quand il travaillait sa thèse.
  • Après l’expérience du gouvernement comme jésuite.

Il a compris que, dans de telles situations, il y a toujours le risque de retomber dans les défauts passés. Sa conclusion : « Tu souffres beaucoup mais si tu te laisses transformer, tu en sors meilleur. Et si tu t’enfonces, tu en ressors pire. » (71)

Mieux choisir ce qui compte (page 71)

Pour François, aujourd’hui il y en a « beaucoup qui “s’enfoncent” ». Et puis il est clair pour lui que le risque c’est de recommencer : « Ils parlent de “restauration”, ils veulent mettre un peu de vernis sur l’avenir, retoucher la peinture ici et là, mais en gros s’assurer que rien ne change. » (71)

Alors il faut penser et agir autrement. Par exemple aujourd’hui, « s’il faut choisir entre sauver des vies et sauver le système financier, que ferons-nous ? »

Pour lui, « c’est clair, nous devons repenser l’économie pour qu’elle puisse offrir à chaque personne l’accès à une existence digne tout en protégeant et régénérant la nature. » (72)

La suite est optimiste : « Ce que je vois – et cela me donne de l’espoir – c’est un mouvement populaire qui appelle à un changement profond qui part des racines, des besoins concrets des personnes, qui surgit de leur dignité et de leur liberté. C’est le changement profond dont nous avons besoin, un changement qui naît de personnes capables de se rencontrer, de s’organiser et de faire des propositions vraiment humaines. » (72)

François donne l’exemple de Néhémie, dans l’histoire du peuple de Dieu.

Après avoir à nouveau redit la situation dramatique de notre humanité, il donne deux principes indispensables pour sortir de la crise.

Tout d’abord, le besoin urgent est de renforcer les institutions qui sont une réserve vitale d’énergie morale et d’amour civique. « L’hyperinflation de l’individu va de pair avec la faiblesse de l’Etat. Une fois que les gens perdent le sens du bien commun, l’Histoire montre que nous finissons avec l’anarchie ou l’autoritarisme, ou les deux à la fois : une société violente et instable. » (74)

Et ensuite « sans le “nous” d’un peuple, d’une famille, des institutions, d’une société qui transcende le “je” des intérêts individuels, l’existence se désagrège en un rien de temps et devient violente, telle une bataille pour la suprématie entre factions et intérêts. » (75) « Nous avons à nouveau besoin de sentir que nous dépendons les uns des autres, y compris ceux qui ne sont pas encore nés et ceux qui ne sont pas encore citoyens. » (76)

Et la conclusion est claire : « Nous pouvons choisir ».

3. La lecture du dimanche 2 mai

Chapitre 2. CHOISIR

Nous entrons dans la seconde étape du livre. « Entre la première, qui consiste à s’approcher et à se laisser atteindre par ce que l’on voit, et la troisième étape, qui consiste à agir concrètement pour soigner et relever, il y a une étape intermédiaire essentielle : discerner et choisir. Un temps d’épreuve est toujours un temps pour distinguer entre les chemins du bien qui mènent à l’avenir et les autres chemins qui ne mènent nulle part ou qui sont à rebours. »(79)

Tout d’abord il faut revenir aux valeurs, c’est-à-dire ce qui vaut authentiquement la peine. « Toutes les vraies valeurs, les valeurs humaines, sont non négociables. » (80)

Ensuite le Pape donne la grammaire du Royaume de Dieu : les Béatitudes.

Il rappelle enfin que l’Eglise a développé une série de principes et de critères de jugement dans la Doctrine Sociale de l’Eglise :

  • L’option préférentielle pour les pauvres.
  • Le « bien commun » (le bien de la société tout entière).
  • La destination universelle des biens : Terre, Travail, Toit (logement).
  • La solidarité et la subsidiarité.

« Comment appliquons-nous ces critères nobles mais abstraits aux choix grands et petits que nous faisons ? Cela demande le type de réflexion et de prière que nous appelons le discernement des esprits. » (83)

La vérité se révèle à celui qui s’y ouvre (pages 84-89)

« Le coronavirus a accéléré un changement d’ère. (…) Les tentatives de retour à l’identique nous ramènent toujours à une voie sans issue. » (84) Devant cette incertitude il y a:

  • l’idéologisme et la mentalité rigide,
  • le fondamentalisme qui « en alliant pensée et comportement, forme un refuge protecteur pour les personnes en crise ». (84)
  • le discernement, « en revanche, nous permet de naviguer dans des contextes changeants et des situations spécifiques en cherchant la vérité. » (85)

Après avoir évoqué Romano Guardini qui développait la pensamiento incompleto, la pensée inachevée, François s’insurge contre le moralisme et tous les «-ismes » mais aussi contre le relativisme… et indique la foi qui cherche la raison et la compréhension (fides quaerens intellectum). Cette approche de la vérité contient à la fois un élément d’assentiment et un élément de recherche continuelle. Clairement « la Tradition n’est pas un musée ». (88)

Nos personnes âgées sont nos racines, notre source, notre subsistance (pages 89-92)

Le Pape va maintenant exposer quelques signes des temps où se manifestent « la faim et la soif de la justice (Mt 5,6), un cri qui monte des périphéries de la société. » (89).

Le premier signe des temps : les personnes âgées face aux jeunes. Pour François, l’abandon des personnes âgées est une injustice immense et l’avenir naîtra de la rencontre des jeunes et des vieux : ne faut-il pas donner aux jeunes des racines pour qu’ils puissent prophétiser, c’est-à-dire des espaces ouverts pour qu’ils puissent grandir ?

Ce qui est et ce qui n’est pas de Dieu (pages 92-95)

Aujourd’hui, « un fossé se creuse entre les réalités et les défis auxquels nous sommes confrontés et les recettes et solutions qui s’offrent à nous.»  (92)

La Pape donne alors un exemple de fossé : entre le souci de protéger et régénérer la Terre Mère et le modèle économique des régions les plus riches du monde. Alors il rêve :

« Se pourrait-il que le fait de remplacer l’objectif de croissance par celui de nouvelles formes de relations ouvre à un autre type de système économique, qui réponde aux besoins de tous dans les limites des moyens dont notre planète dispose ? » (93)

C’est là que prend place le discernement qui est d’apprendre à distinguer entre la voix de Dieu et la voix de l’ennemi, pour voir où et comment agir.

La force des femmes (pages 96 à 104))

La Pape François prend alors un autre « signe des temps » qui lui tient à cœur : « Un signe d’espoir dans cette crise est le rôle prépondérant des femmes. Les femmes ont été à la fois parmi les plus touchées et les plus résistantes dans cette crise. »

Après avoir évoqué la force des femmes dans l’Evangile à la mort de Jésus, le Pape insiste sur ce que les femmes peuvent apporter au temps de la crise actuelle :

« Se pourrait-il que l’Esprit nous incite à reconnaître et à intégrer cette approche nouvelle que certaines femmes apportent en ce moment ? Je pense en particulier à ces femmes économistes dont la réflexion innovante est particulièrement pertinente dans cette crise. » (97)

François donne alors deux exemples de femmes qui l’ont marqué et aidé à comprendre l’apport des femmes dans les choix que notre société doit faire :

Mariana Mazzucato (La Théorie du donut, Paris, Plon, 2018) et Kate Raworth (The Value of Everything : Making and Taking in the Global Economy, Londres, Penguin Random, 2019).

« Je vois dans cette « remise en question » des femmes économistes un signe pour notre temps auquel nous devrions être attentifs. » (100)

Ce n’est que lorsque les femmes auront plus de « pouvoir » que leurs thèses gagneront du terrain. Il faut leur donner un accès égal au leadership.

Il explique alors et développe ce qui l’a préoccupé à Rome : « Comment mieux intégrer la présence et la sensibilité des femmes dans les processus de décision du Vatican » (101)

Puis il part du constat que les femme « au foyer » ont l’art de « tenir une maison ». Or l’étymologie du mot économie est : oikos = la maison et nomos = gérer. Ainsi « elles doivent parler trois langues en même temps, celle de l’esprit, celle du cœur et celles des mains ». (103)

Et il conclut : « dire qu’elles ne dirigent pas vraiment parce qu’elles ne sont pas prêtres, c’est du cléricalisme et c’est irrespectueux. » (104)

4. La lecture du dimanche 9 mai

Jésus n’a pas fondé l’Eglise comme une citadelle de pureté (pages 104 à 112)

Le Pape François souligne maintenant qu’il convient de « choisir la fraternité plutôt que l’individualisme » comme principe d’organisation. Plus loin il insiste :

« Il est difficile de construire une culture de la rencontre, dans laquelle nous nous retrouvons en tant que personnes ayant une dignité commune, au sein d’une culture du déchet qui considère les personnes âgées, les chômeurs, les handicapés et les enfants à naître comme inutiles à notre bien-être. » (105)

Il commence par mettre en place une première notion, celle de « la conscience isolée » qui est un mauvais esprit qui travaille le cœur de l’homme, dans la société civile aussi bien que dans l’Eglise.

« Il est important de comprendre l’effet d’un mauvais esprit lorsqu’il tente de nous isoler spirituellement du Corps auquel nous appartenons, nous enfermant dans nos intérêts propres et nos points de vue par le biais de la suspicion et de la présomption. » (page 106)

« Les graines de division : l’ouverture charitable à l’autre est remplacée par la crispation à la prétendue supériorité de ses propres idées. (…) C’est une forme de mondanité spirituelle. » (page 108)

Lutter contre ce mauvais esprit est la tâche de tous, dans l’Eglise comme dans la société en général. François insiste alors sur le témoignage et l’action de l’Eglise aujourd’hui dans notre monde.

« Jésus n’a pas fondé l’Eglise comme une citadelle de pureté ni comme un défilé constant de héros et de saints – bien que, grâce à Dieu, nous n’en manquions pas. C’est quelque chose de beaucoup plus dynamique : une école de conversion, un lieu de combat spirituel et de discernement, où la grâce abonde en même temps que le péché et la tentation. A l’instar de ses membres, l’Eglise peut être un instrument de la miséricorde de Dieu, car elle a besoin de cette miséricorde. » (109)

François donne deux exemples pour illustrer son propos :

– Celui de Jonas dans l’histoire biblique, qui fuyait la miséricorde de Dieu, avant sa conversion : « Le cœur du moi arc-bouté s’endurcit au contact de la miséricorde de Dieu ! » (110)

– Celui du synode sur l’Amazonie, sur lequel il reviendra plus longuement par la suite.

Reconnaître notre dépendance de Dieu (pages 112 à 115)

Le Pape donne alors l’antidote de la conscience isolée : « l’accusation de soi ».

« C’est l’humilité de confesser nos fautes, non pas pour nous punir – ce qui serait la même erreur que de se mettre aux commandes – mais pour reconnaître notre dépendance à Dieu et notre besoin de Sa grâce. (…). M’accuser moi-même, confiant en la miséricorde de Dieu, révèle le mauvais esprit qui alors perd pied.» (113)

Et ceci à l’inverse du « cycle contagieux de l’accusation et de la contre accusation. (…) Nous ne sommes plus des rivaux mais des membres d’une même famille. » (114)

Zachée est l’exemple même de celui qui renonce à son isolement.

La conclusion devient claire : « L’accusation d’autrui ignore Dieu ; l’accusation de soi nous ouvre à Lui. » (115)

La politique comme acte de charité(pages 115 à 118)

Cette réflexion conduit le Pape sur le terrain politique où il nous faut nous engager. En effet, il est clair que « l’absence de dialogue sincère dans notre culture publique rend encore plus difficile la création d’un horizon commun vers lequel nous pouvons tous avancer ensemble. » (116)

Il convient de repérer deux tentations :

– Le réductionnisme simpliste qui ne voit que le bien ou le mal, ou les justes et les pécheurs.
– La polarisation qui a une racine spirituelle, « amplifiée et exacerbée par des médias et des politiciens ». Le Pape ajoute que le diable, « le grand accusateur » de l’Ecriture, en est la source.

Il nous faut donc nous engager dans le conflit.

« Notre tâche principale n’est pas de nous dégager de la polarisation mais de nous engager dans le conflit et le désaccord de manière à nous empêcher de descendre dans la polarisation. (…) Les divisions ne génèrent pas de polarisations stériles mais portent de nouveaux fruits précieux. (…) C’est l’art du dialogue civique qui synthétise les différents points de vue sur un plan supérieur. » (117)

Contradictions et contrapositions (pages 118 à 122)

Le Pape François précise la dynamique du conflit, en repartant de la réflexion du théologien, Romano Guardini (1885-1968), sur lequel il avait entrepris un travail de thèse en 1986. Il s’agit de « comprendre comment les contradictions apparentes peuvent être résolues de façon métaphysique par le discernement. » (119)

Il distingue trois notions essentielles : la contraposition qu’il oppose à la contradiction, et le débordement pour en sortir.

« La contraposition implique deux pôles en tension, qui s’éloignent l’un de l’autre : horizon/limite, local/global, le tout/la partie, et ainsi de suite. Ce sont des contrapositions parce que ce sont des opposés qui interagissent néanmoins dans une tension féconde et créative. » (119)
« Les contradictions, en revanche, exigent que nous choisissions entre le bien et le mal (le bien et le mal ne pouvant jamais être une contraposition, car le mal n’est pas la contrepartie du bien mais sa négation). » (119)

Il convient de sortir de la contradiction où il n’y a pas de dialogue pour entrer dans la contraposition. C’est la tâche du réconciliateur. Alors peut venir le débordement « quand les gens se font confiance et cherchent humblement le bien ensemble. » (121)

– Le débordement : « La solution à un problème insoluble se présente de façon inattendue, imprévue, résultat d’une créativité nouvelle et plus grande, libérée, pour ainsi dire de l’extérieur. (…) Nous reconnaissons ce processus comme un don de Dieu car c’est la même action de l’Esprit décrite dans l’Ecriture et évidente dans l’Histoire. » (121)

5. La lecture du dimanche 16 mai

Avancer ensemble avec nos différences (pages 122 à 126)

Ayant décrit la dynamique du conflit, le Pape montre alors comment il entend la mettre en pratique en « revigorant l’ancienne pratique de la synodalité. » (122)

« Le terme viens du grec syn-odos, “marcher ensemble”, et c’est son but : non pas tant de forger un accord que de reconnaître, honorer et réconcilier les différences sur un plans supérieur où le meilleur de chacun peut être retenu. (…) L’harmonie qui en résulte peut être complexe, riche et inattendue. Dans l’Eglise c’est l’Esprit-Saint qui crée cette harmonie. »(123)

Le Pape prend l’exemple de la synodalité de l’Eglise primitive lors de l’assemblée de Jérusalem racontée dans les Actes des apôtres au chapitre 15 : Dans la démarche synodale ce qui importe le plus, c’est l’harmonie qui permet d’avancer ensemble sur le même chemin, même avec toutes nos nuances dans la différence.
Et c’est en ce sens que cette approche synodale est une chose dont notre monde a maintenant grand besoin. On peut souligner l’importance des médiateurs : «La conclusion d’accords qui empêchent la rupture et permettent à toutes les parties de continuer à marcher ensemble est un rôle essentiel du droit et de la politique. »

Et ainsi dans l’Union Européenne, « l’on parvient à la réconciliation dans la différence. » Exemple : la manière de gérer la crise du coronavirus.

Une Eglise qui enseigne doit d’abord être une Eglise qui écoute (pages 126 à 134)

Le Pape rapporte l’expérience des trois synodes qui ont eu lieu durant son pontificat (la famille, les jeunes et l’Amazonie). Il explique qu’il a fait des changements dans le processus synodal pour avoir plus de temps pour une discussion et une écoute honnête. Il donne ensuite plusieurs principes pour la démarche synodale telle qu’il la conçoit.

• D’abord il convient d’écouter tout le peuple de Dieu : ce qui touche tout le monde doit être discuté par tous.
• Il est important de ne pas confondre la doctrine et la Tradition avec les normes et les pratiques de l’Eglise.
• Le synode s‘intéresse avant tout à la manière dont l’enseignement peut être vécu et appliqué dans les contextes changeants de notre temps.
• Il faut être attentif à l’Esprit : je demande à chacun de parler franchement et d’écouter attentivement les autres parce que, là aussi, l’Esprit parle.

Evidemment, les pères synodaux ne réagissent pas tous de la même manière et il peut y avoir des désaccords avec le risque que d’aucuns tentent d’imposer leurs idées ! « Mais c’est un bon signe car partout où l’Esprit est présent, les tentations de le faire taire ou de le distraire sont aussi présentes. » Par exemple, « la tentation de s’arroger le monopole de l’interprétation de la vérité et essayer d’imposer ses idées à l‘ensemble du Corps par la pression ou en discréditant ceux qui pensent différemment. » (129) ou bien « Considérer le synode come une joute dans laquelle, pour gouverner, un camp doit vaincre l’autre. » (130)

Les médias peuvent réduire à des choix manichéens.

Ce fut le cas du synode sur la famille. Ils ont réduit la problématique à cette simple question de la pastorale des divorcés remariés. Mais François souligne que le débordement est venu à la seconde session avec saint Thomas d’Aquin : en suivant cette tradition scolastique on a compris qu’il n’était pas nécessaire de changer la loi de l’Eglise mais seulement la manière dont elle était appliquée.

Ainsi dit le Pape nous étions arrivés à une « meilleure synthèse de la vérité et de la miséricorde dans une compréhension nouvelle puisée dans notre propre tradition. »

Défendre les peuples indigènes, les pauvres et la terre (pages 134 à 137)

Le Pape en vient alors au troisième synode, celui sur l’Amazonie. Il souligne d’abord que pour certains la question était celle des viri probati. Et donc, comme il n’y a pas eu de réponse donnée après le synode, ni par lui-même ensuite, le synode avait échoué !

Au contraire, le synode « a jeté les bases d’une Eglise en Amazonie profondément ancrée dans la culture locale et avec une forte présence des laïcs actifs » (135), des familles, des femmes… La mission ne peut pas seulement s’appuyer sur les prêtres car beaucoup manquent de solidarité et de zèle missionnaire. Certains veulent même aller ailleurs où leur position sera plus confortable.

« C’est pourquoi, conclut-il, je crois qu’il est crucial de faire confiance aux laïcs, et en particulier aux femmes qui dirigent tant de communautés dans la région, pour faire naître une sainteté typiquement amazonienne qui portera de nombreux fruits à l’avenir. » (137)

Le temps appartient au Seigneur (pages 137 à 141)

L’Eglise dans un synode est en débat. François fait le pari de l’ouverture. Pour lui « le danger d’être pris au piège d’un conflit est que nous perdions toute perspective. » (137)

« Marcher ensemble signifie continuer à endurer les désaccords, les laissant à un niveau supérieur pour les transcender plus tard. » (138)

Il revient sur le synode sur l’Amazonie :

« Il nous faut être ouverts à de nouvelles possibilités audacieuses, y compris la nécessité de reconnaître officiellement le remarquable leadership des femmes dans les communautés ecclésiales de la région. Tous ces signes de l’Esprit pourraient être facilement éclipsés par la focalisation étroite sur la question controversée de l’élargissement de la prêtrise aux hommes mariés ». (139)

Il conclut en donnant trois leçons qu’il tire ce cette expérience synodale :

1. Il faut une écoute respectueuse exempte d’idéologie et de programmes déterminés.
2. On résoudra les questions litigieuses par débordement (c’est-à-dire par l’action de l’Esprit-Saint).
3. Un synode est un processus patient car « le temps appartient au Seigneur. » (141)

6. La lecture du dimanche 23 mai

Chapitre 3. AGIR

Ouverture (pages 145 à 149)

Après avoir précisé la manière dont nous devrons nous entretenir ensemble sur les thèmes et les dossiers qui engagent l’avenir, et inévitablement nous affronter, en nous appuyant sur le discernement, le Pape François nous invite maintenant à agir.

A partir du constat de l’expérience que nous faisons tous partie d’un peuple, il commence par réfléchir sur cette notion. Un peuple est maintenu par une sagesse et une mémoire collectives. Un peuple peut devenir inconscient de sa propre histoire. Un peuple peut cesser de croire en lui-même.

C’est alors qu’il souligne que les grandes calamités réveillent la mémoire des peuples. En en effet, en un premier temps elles déstabilisent les peuples. Mais elles peuvent leur permettre de retrouver leur mémoire. Et c’est dans la manière dont ils répondent à cette souffrance, que sera la véritable mesure de nos peuples.
Il rappelle que « le peuple d’Israël dans le désert a préféré le pur pragmatisme d’un veau d’or à la liberté à laquelle le Seigneur l’appelait. » Nous vivons la même tentation. C’est pourquoi « Nous ne devons pas laisser passer ce moment de clarification. » (149)

Un destin dont je fais partie et qui me dépasse (pages 149 – 154)

Après avoir précisé qu’un peuple n’est ni un pays, ni une nation, ni un Etat, le Pape affirme que « le sentiment d’appartenir à un peuple ne peut être retrouvé que de la même manière qu’il a été forgé : dans la lutte et les difficultés partagées. » (150)

Faire partie d’un peuple c’est être conscient de quelque chose de plus grand qui nous unit. Le peuple a une âme, une façon de voir le monde, une conscience. Il a un sens puissant de la solidarité, de la justice et de l’importance du travail.

Le peuple est une réalité vivante qui est le fruit d’un principe d’intégration partagé. C’est pourquoi il n’est pas un « concept logique ».

C’est comme une symphonie où il faut harmoniser la différence tout en préservant le distinctif. Il est donc plutôt « un « concept mythique » qui s’exprime par une synthèse de potentialités que le Pape appelle « débordement », faisant mémoire ainsi de ce qu’il a expliqué au chapitre précédent. (153)

« Sortir de ma propre petite lagune pour me jeter dans le large fleuve d’une réalité et d’un destin dont je fais partie mais qui me dépassent aussi. » (154)

Pour approfondir, lire les pages 152 à 153

Renforcer et approfondir les liens d’appartenance (pages 154 à 160)

François va plus loin. « C’est l’amour et la proximité de Dieu qui confèrent la dignité et élèvent  un peuple, lui offrant un horizon d’espérance. » (154)

Il donne deux exemples : le Peuple d’Israël et l’Eglise, peuple de Dieu, aux multiples visages.Jésus a redonné sa dignité au peuple.

« Être chrétien, c’est donc appartenir à un peuple dont Dieu s’est approché, un peuple organisé en différentes nations et cultures, mais qui dépassent toutes les frontières de race et de langue. (…) Mais si l’Eglise a un rôle particulier à jouer en temps de crise, c’est précisément pour rappeler au peuple son âme, sa nécessité de respecter le bien commun. » (156)

« L’Eglise doit toujours être connue pour sa proximité avec le peuple de Dieu, marchant avec les peuples de cette terre dans leur lutte pour la dignité et la liberté.» (158)

La plus grande déviation du christianisme c’est d’oublier que nous appartenons au peuple. « Car ce qui nous sauve n’est pas un concept mais une rencontre. Seule le visage de l’autre est capable d’éveiller le meilleur de nous-mêmes. En servant les gens, nous nous servons nous-mêmes. »(160)

La fraternité est notre nouvelles frontière (pages 160 à 163)

Le Pape constate que « la solidarité est davantage que des actes de générosité, aussi importants soient-ils ; elle consiste à accepter que nous vivons ensemble
dans une maison commune, liés par des liens de réciprocité. » (160)

Cela n’existe pas chez les libéraux qui exaltent et promeuvent l’individu atomisé ; ni chez les populistes qui réduisent le peuple à une masse sans visage qu’il prétend représenter. Le néo-libéralisme a cherché à exclure tout débat de fond sur le bien commun et la destination universelle des biens. La plupart d’entre nous restent profondément attachés à la famille, à la communauté et à l’histoire de notre peuple. Et c’est ainsi qu’une personne déracinée est très facile à dominer.

Pour approfondir ce thème, lire les pages 162 et 163

Notre époque appelle des politiciens aux horizons plus larges (pages 163 à 169)

Le Pape alors analyse l’économie néo libérale, en accueillant d’abord positivement le marché comme un instrument d’échange. Mais malheureusement il constate que le marché libre est tout sauf libre pour beaucoup de monde. Cela l’amène à dire tout l’intérêt de « l’économie sociale de marché » développée par Jean-Paul II. Il s’agit de participer et de multiplier les biens, de participer au bien de tous, à l’inverse de la tendance à nous enfermer dans nos propres intérêts étriqués.

« Nous avons trop souvent considéré la société comme un sous-ensemble de l’économie et la démocratie comme une fonction du marché. » (166)

C’est pourquoi il faut réhabiliter la Politique avec un « P », en tant que service du bien commun. Il s’agit de voir, comprendre et ressentir la pauvreté, de réagir de manière pratique et immédiate et surtout de s’ouvrir aux réformes structurelles indispensables.

Qu’est-ce qui a le plus de valeur, la brique ou l’ouvrier (pages 169 à 175)

« Lorsque l’accumulation de richesses devient notre objectif principal, que ce soit au niveau de l’individu ou de toute l’économie, nous pratiquons une forme d’idolâtrie qui nous enchaîne. » (169)

A partir de ce constat, le Pape énumère toutes les multiples conséquences de cette idolâtrie : l’exploitation de femmes et d’enfants, le trafic d’armes, de drogue, le commerce des espèce sauvages et des organes… Les migrants et les réfugiés… L’esclavage et la peine de mort… Et il revient sur la double question de l’avortement et de l’euthanasie, sachant qu’« il va en irriter plus d’un ». Pour lui le message de Paul VI dans Humane Vitae, en 1968, est aujourd’hui, plus que jamais, prophétique. Il fait le lien entre l’enfant à naître et le migrant à nos frontières.

« Si notre autonomie exige la mort d’un autre, ce n’est rien d’autre qu’une cage de fer. » (172)

« Sans une vision de la société enracinée dans la dignité de tous les individus, la logique du marché sans entraves finit par transformer le don de la vie en un produit. » (173)

Le Pape raconte alors le midrash de l’histoire de la tour de Bible : quand une brique tombait, c’était une catastrophe et le coupable était sévérement battu ; quand un ouvrier tombait, il suffisait de le remplacer. Il faut donc choisir : « Une société peut être orientée vers une culture sacrificielle – le triomphe du plus fort et la culture du déchet – ou vers la miséricorde et l’attention. Des gens ou des briques, il est temps de choisir. » (175)

La migration n’est pas une menace pour le christianisme (pages 175 à 177)

Le Pape revient maintenant sur le populisme. « Au nom du peuple, le populisme refuse une participation juste de ceux qui appartiennent au peuple, laissant un groupe particulier s’arroger la véritable interprétation du sentiment populaire. » (176)

Un des fantasmes du nationalisme, dans les pays à majorité chrétienne est de défendre la « civilisation chrétienne » alors qu’il a perdu la relation à Dieu.
« Le cœur du christianisme est l’amour de Dieu pour tous les peuples et notre amour pour nos voisins, en particulier ceux qui sont dans le besoin. » (…) « Défendre l’Evangile et ne pas accueillir les étrangers dans le besoin, ni affirmer leur humanité en tant qu’enfants de Dieu, c’est chercher à encourager une culture qui n’est chrétienne que de nom, vidée de tout ce qui la rend unique. » (177)

Dieu a choisi les périphéries (pages 178 à 182)

La Pape lance alors un cri : « Nous ne pouvons pas rêver de l’avenir tout en continuant à ignorer l’existence de pratiquement un tiers de la population mondiale, au lieu de les considérer comme une richesse. » (178)

Mais il se reprend en constatant : « Beaucoup d’entre eux (parmi tous ces peuples laissés pour compte) sont loin d’être de simples victimes passives, ils sont organisés dans un archipel mondial d’associations et de mouvements, espoir de la solidarité… » (178) Plus loin il les appelle les « poètes sociaux » (179).
Il est clair que si l’Eglise désavoue les pauvres, elle cesse d’être l’Eglise de Dieu. Elle doit accompagner les mouvements populaires.

Il fait mémoire des messes qu’il célébrait en juillet à Buenos Aires, spécialement destinées aux personnes exploitées aux périphéries de la société. Ces messes rassemblaient une foule en prière, et non une masse de gens…

« La tâche de l’Eglise n’est pas d’organiser chaque action du peuple, mais plutôt d’encourager, de marcher avec et de soutenir ceux qui remplissent ces rôles. » (…) « Le peuple sait ce qu’il veut et ce dont il a besoin. » (182)

En marchant avec les pauvres, les exclus et les marginaux (pages 182 à 184)

Le pape poursuit : « Le peuple porte toujours dans son cœur une promesse : une invitation qui le conduit vers ce qu’il désire malgré l’exclusion dont il souffre. » (182)

« C’est pourquoi, Ils ont suivi Jésus. Il leur a donné la dignité. » (183)

« Jésus a dû rejeter la mentalité des élites religieuses de son temps, qui s’étaient approprié la loi et la tradition. » (183)

J’ai vu le visage de la culture du déchet (page 184 à 187)

François se souvient des cartoneros de la ville de Buenos Aires. Ces hommes et ces garçons qui quadrillent les rues la nuit à la recherche de cartons et d’autres matériaux qu’ils vendent à des recycleurs. Ils se sont organisés pour avoir une rémunération et la protection sociale. Il les a suivis la nuit et il a vu leur dignité. Il a soutenu tous ces mouvements.

Mais il est malheureux parce les syndicats au contraire se sont éloignés des marges de la société.

Son constat est clair : « Une périphérie qui est abandonnée, mise à l’écart, méprisée et négligée montre une société instable et malsaine qui ne peut pas survivre longtemps sans réforme majeure. » C’est pourquoi « en nous ouvrant aux périphéries, aux organisations populaires, nous libérons le changement. » (187)

Embrasser les périphéries (188-196)

La conclusion du Pape nous engage. Nous devons retrouver la sagesse cachée dans nos quartiers que les mouvements populaires rendent visible. Cela suppose un changement dans chaque communauté et des actions concrètes dont tous soient les protagonistes.

Les tentations pourtant sont bien là : ruminer un sentiment d’impuissance et de colère, lancer des slogans et des idées abstraites, soutenir la corruption, …
Face à ces tentations, « un style de vie sobre et simple dédié au service vaut bien plus que les milliers de followers sur les réseaux sociaux. » (…) « Notre plus grand pouvoir ne réside pas dans le respect que les autres ont pour nous, mais dans le service que nous pouvons offrir aux autres. » (189)

Il faut donc penser aux trois « T » pour tous…

LA TERRE (pages 190 à 192)

« La pandémie et la crise économique sont l’occasion d’examiner nos modes de vie, de changer nos habitudes destructrices et de trouver des moyens plus durables de produire, d’échanger et de transporter des biens. » (190)

« Commencer à mettre en œuvre une conversion écologique à tous les niveaux de la société selon les modalités que j’ai suggérées dans Laudato si. » (…) « Mettons la régénération de la terre et l’accès universel à ses biens au cœur de notre avenir post-Covid. » (192)

LE TOIT, c’est-à-dire le LOGEMENT (pages 192 et 193)

« Ce qui se passe dans nos villes sera la clé de l’avenir de notre civilisation. » (…) « Il y a tant à faire pour humaniser notre environnement urbain. » (192)
Le Pape souligne les efforts menés par les acteurs locaux, depuis leur culture, avec l’aide de l’Etat par tous les moyens. « Lorsque les organisations agissent ensemble au-delà des frontières de la croyance et de l’ethnicité pour atteindre des objectifs concrets pour la communauté nous pouvons alors dire que nos peuples ont retrouvé leur âme. » (193)

LE TRAVAIL (page 193 à 196)

« Notre travail est la condition de base de notre dignité et de notre bien-être. » (193)

Le Pape évoque les jeunes sans emploi. « C’est pourquoi, en tant que société, nous devons veiller à ce que le travail ne soit pas seulement un moyen de gagner de l’argent, mais aussi d’exprimer sa personnalité, de participer à la société et de contribuer au bien commun. » (194)

François rappelle le sens premier des mots du travail. Company, partage du pain ensemble. Corporation, intégration dans le corps. Common, cum : ensemble ; munus : le sens du service.

Il faut aller au-delà de la notion de travail salarié, ce qui amène la Pape à penser au Revenu de Base Universel (RBU), à une réduction du temps de travail…

La dignité de tous pour objectif principal (pages 196 et 197)

Pour le Pape il ne fait aucun doute : « En plaçant l’intégration des pauvres et la protection de l’environnement au centre des objectifs de la société, nous pouvons créer du travail tout en humanisant notre environnement. » (…) Il faut « sortir de l’infâme théorie du “ruissellement”. » (196)

Et le pape conclut : « En nous concentrant sur la terre, le travail et le toit pour tous, nous pouvons retrouver une relation saine avec le monde, et croître en servant les autres. De cette façon, nous transcendons le cadre étroit et individualiste du paradigme libéral sans tomber dans le piège du populisme. » (197)

EPILOGUE (pages 199 à 203)

Et maintenant que devons-nous faire ?

Le Pape reprend deux mots : décentrement et transcendance. Il faut sortir pour aller en pèlerinage et revenir transformé. Puis il évoque le labyrinthe de notre monde : « Tu ne sors du labyrinthe que de deux façons : soit en t’élevant, en te décentrant et en te transcendant, soit en te laissant guider par le fil d’Ariane. » (…) « Le don d’Ariane est l’Esprit qui nous appelle à sortir de nous-mêmes. » (200)

Le pire serait de rester derrière à nous regarder dans le miroir. Il faut donc laisser derrière nous la culture du « selfie » pour aller à la rencontre des autres.
Le fil d’Ariane, c’est « la prise de conscience que nous appartenons les uns aux autres dans une relation d’interdépendance, que nous faisons partie d’un peuple et que notre destin est lié à un avenir partagé. » (202)

Le Pape envoie alors en mission chacun de ses lecteurs. « Laisse-toi entraîner, secouer, défier. (…) Lorsque tu sentiras le déclic, arrête-toi et prie. Lis l’Evangile, si tu es chrétien. Ou crée simplement un espace en toi pour écouter. Ouvre-toi… décentre… transcende. (…) Et ensuite, agis. (…) Dis que tu aimerais faire partie d’un monde nouveau et que tu penses que c’est un bon point de départ. » (202 et 203)