Jeudi 18 février 2026

Mercredi des Cendres

  • Joël2, 12-18 : Revenez à moi de tout votre coeur.
  • Psaume 50 :Pitié, Seigneur, car nous avons péché.
  • 2 Corinthiens 5, 20 à 6, 2 : Nous sommes les ambassadeurs du Christ.
  • Matthieu 6, 1-6.16-18 : Quand tu fais l’aumône.

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Résister, et faire vivre la fraternité.

Homélie

Frères et sœurs,

Nous allons recevoir sur notre front des cendres. En ce début de Carême, ce signe des cendres nous rappelle que nous sommes mortels, c’est bien une des formules que peut dire le prêtre en imposant les cendres : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Oui la mort est là, elle nous menace de toute part. Elle nous fait peur au point que, dans notre monde, paraît-il, les jeunes n’oseraient plus avoir d’enfants… La mort est là sur les champs de bataille, au cœur de manifestations violentes, dans la haine et la violence qui habitent tant d’hommes et de femmes sur cette terre, dans la dégradation de plus en plus imminente de la création mais aussi… près de nous quand nous quitte un proche que nous aimions tant !

Hier, à la messe, j’ai eu du mal à dire, à la suite du lecteur, le refrain du psaume : « Heureux l’homme que tu châties, Seigneur ». Et je sentais que l’assemblée aussi était aussi mal à l’aise. Comment peut-on croire aujourd’hui en un Dieu qui punirait l’homme de son péché alors que nous disons qu’il est amour et miséricorde ? En fait ce n’est pas ce que dit le psaume, bien au contraire : « Heureux l’homme que tu châties, Seigneur, celui que tu enseignes par ta loi, pour le garder en paix aux jours de malheur, tandis que se creuse la fosse de l’impie. » et plus loin : « Quand je dis “mon pied trébuche”, ton amour, Seigneur me soutient, quand d’innombrables soucis m’envahissent, tu me réconfortes et me consoles… » Tout le reste de ce psaume 93 dit combien Dieu ne veut que la vie pour l’homme. C’est bien le Dieu auquel je crois.

Certes la mort est la conséquence du mal qui habite notre humanité et pourtant la mort fait partie de la vie. C’est ainsi que Saint François dans le cantique des créatures chante : « Loué sois-tu mon Seigneur pour notre sœur la mort corporelle à qui nul être vivant ne peut échapper. » La mort est un don de Dieu. C’est ce que nous dit aussi le signe des Cendres. Nous sommes nés de la terre, façonnés par Dieu à partir de la glaise, de la poussière de la terre (Gn 2, 7), et nous retournons à la terre. C’est ce qui est bien signifié quand nous dispersons les cendres d’un proche qui vient d’être incinéré. La mort n’est plus une malédiction, elle est ce qui nous arrivera, qui que nous soyons. La mort ne doit pas nous faire peur…

Et nous le disons au début du Carême… La considération de la mort nous entraîne à changer nos vies, à nous convertir… pour que la mort se transforme en vie éternelle… quand Pâques sera là. Il nous faudra quarante jours pour cela. C’est pourquoi nous disons « Convertis-toi et crois à l’évangile. »

Quand j’étais gamin en pension, une année au début du Carême, on nous a pesés en disant que nous serions à nouveau pesés à la fin. Et pourquoi ? Nous ne devions pas maigrir du fait des pénitences que nous ferions… Cela ne devait pas nous faire dépérir, cela ne devait pas se voir… Au contraire nous devions avoir changé de visage, avoir renouvelé notre vie et manifester un peu de la joie de la résurrection. D’ailleurs on ne nous a jamais pesés à la fin du Carême ! C’était pour nous indiquer le juste chemin.

Les pénitences ne sont pas faites pour nous faire dépérir, pour nous entraîner à la mort, mais pour nous faire grandir, devenir meilleurs. Cela change notre visage, notre cœur, c’est cela croire en l’Evangile qui est ouverture à l’autre, à la nature, à la vie…

Chacun d’entre nous est invité à voir, aujourd’hui et durant tout le Carême, dans son existence quotidienne, ce qui, dans ses relations, dans sa manière de vivre, fait mourir l’autre en face de lui, parfois sans le savoir – j’insiste “sans le savoir”, c’est cela le péché par omission – ce qui finalement le fait mourir lui aussi. C’est le sens de la confession, le sacrement du pardon… Cette relecture personnelle nous conduit à travailler en nous pour trouver la vie là où la mort est à l’œuvre.

La pénitence n’est donc pas une punition mais une conversion, elle nous transforme. Cela ne se voit pas, nous n’avons pas à le montrer pour manifester au monde que nous sommes les meilleurs, elle nous transforme de l’intérieur… C’est tout le sens de l’évangile de ce jour. C’est tout le sens du livre du prophète Joël que nous avons entendu tout à l’heure : « Revenez à moi de tout votre cœurs ! » C’est bien aussi le sens de la campagne de Carême proposée par Entraide et Fraternité : « Résister, et faire vivre la fraternité ». Résister contre les forces du mal qui démolissent notre humanité. Cela commence, par exemple, quand nous rencontrons dans la rue un homme ou une femme qui fait appel à nous… Finalement à chaque instant de notre quotidien.

C’est ce que dit si bien le chant du grain de blé :

Grain de blé qui tombe en terre, si tu ne meurs pas, tu resteras solitaire, ne germeras pas.
Qui à Jésus s’abandonne trouve la vraie Vie, heureux l’homme qui se donne, il sera béni.[1]

Amen.

[1] Communauté du Chemin Neuf

Père Henri Aubert sj

Communauté Notre-Dame de la Paix Namur

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