
Jeudi 2 avril 2026
La Cène du Seigneur
- Exode 12, 1-8.11-14 : Prescriptions concernant le repas pascal.
- Psaume 115 : La coupe de bénédiction est communion au corps du Christ.
- 1 Corinthiens 11, 23-26 : Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe…
- Jean 13, 1-15 : Il les aima jusqu’au bout. Le lavement des pieds.
Lire les textes de la liturgie
Aimer jusqu’au bout !
Le lavement des pieds
Céramique de Notre-Dame des Neiges
Homélie
Frères et sœurs,
Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Quel concentré du message divin pour ce jour de fête!
Jésus. C’est bien lui que nous sommes invités à regarder, à écouter. Nous sommes appelés comme Pierre à nous, nous laisser laver les pieds, nous laisser faire.
Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde
- Les siens. Celles et ceux qui sont la chair de sa chair, ses intimes, celles et ceux que l’on a pu repérer tout au long de la vie de Jésus : Marie et Joseph, Lévi le voleur-percepteur d’impôts et ses copains, Marie-Madeleine, la samaritaine au bord du puits, Judas, Pierre et les autres, et chacune, chacun de nous.
- Les Siens. Dans la bouche des prophètes cela se traduit par « Vous serez mon peuple ». Un peuple, non pas enfermé dans une sorte de bulle spirituelle, dans des privilèges, mais ouvert au monde, avec ses lumières, ses engendrements, et ses ténèbres, ses désespoirs, sa violence folle.
- Jésus rejoint pleinement les siens qui étaient et qui sont dans le monde, dans ce monde. Nous sommes ton peuple !
Jésus, les aima jusqu’au bout.
- Jésus nous aime, jusqu’au bout des pieds, des orteils. Jusqu’au fin fond de notre corps, de notre histoire. Dans tous les recoins, où se cache la poussière de nos vies, avec ce que nous ne voulons plus voir, ou pas voir, ce qui est malade, vicié. Mais Jésus aime aussi la beauté et la grandeur de notre liberté, notre mémoire, notre intelligence, notre volonté : c’est pourquoi il n’a de cesse de mettre debout, d’ouvrir les yeux et les oreilles.
- Jésus aime aussi jusqu’au bout de lui-même, jusqu’au bout du don de soi. Il se présente ici comme le serviteur-esclave. Il lave les pieds : « mon corps, mon sang, donnés, versés, librement, par amour, en alliance ».
Aimer jusqu’au bout.
- N’allons pas trop vite à la fin du récit : « vous devez vous laver les pieds les uns les autres ». Il y a des étapes pour aller jusque-là, pour vivre de cet amour. Prenons le temps de les repérer. C’est aussi une manière de nous laisser laver les pieds, ce qui est le préalable auquel on ne peut se soustraire, sous peine de n’avoir pas de part « avec Jésus », c’est-à-dire sous peine de faire le choix de ne pas partager son chemin de vérité et de vie
- Aimer pour Jésus, et donc pour nous à sa suite, c’est d’abord être aimé. C’est reconnaître que ce qui est premier, c’est que « le Père a tout remis entre ses mains », ce qui est signe d’une confiance totale du Père, une liberté donnée. La volonté du Père est qu’il aille jusqu’au bout de l’amour. Mais c’est Jésus qui en porte les modalités, et nous à sa suite, en fonction du « monde », des circonstances.
- Aimer pour Jésus, et donc pour nous à sa suite, c’est reconnaître qu’il « est sorti de Dieu et s’en va vers Dieu », qu’il vit dans et pour une alliance d’amour, où « l’amant donne à l’aimé son bien et en retour l’aimé à l’amant » : Père, tu m’as tout donné ; à Toi je le rends. (cf Exercices Spirituels de St Ignace)
- Aimer pour Jésus, et donc pour nous à sa suite, c’est avoir les yeux ouverts, être conscient de la situation : Judas qui cherche à le livrer ; Pierre dans sa fragilité cachée, refusée ; les scribes et pharisiens qui cherchent à le mettre à mort. Et c’est choisir à ce moment, non pas de fuir ou de se protéger, mais de donner sa vie : «ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne » (Jn 10, 18).
- Aimer pour Jésus, et donc pour nous à sa suite, c’est choisir le chemin du très-bas, selon la belle expression de Christian Bobin. Quelle chose étonnante que de voir la solennité de la situation et sa gravité et de choisir ces gestes dérisoires : laver les pieds, prendre du pain et du vin et les partager. Est-ce vraiment comme cela qu’on sauve le monde ? Loin de toute puissance, de toute gloire ? Oui, et c’est donc bien dans les moindres gestes d’amour du prochain, le verre d’eau offert, le temps offert, la fidélité dans l’accompagnement du malade ou du mourant, l’engagement politique au service de la justice et de la paix, que le salut se donne. « Faites ceci en mémoire de moi » dit Jésus, et encore « Heureux êtes-vous, si vous le faites ! »
Frères et sœurs, nous avons choisi ce soir, de ne pas faire le geste du lavement des pieds, mais nous vous invitons à un moment de silence pour nous ouvrir à Jésus : « Viens Seigneur, viens toucher mes pieds et les laver : ces pieds fragiles qui portent les traces de mes longues marches, de mon histoire, de ma santé. Viens Seigneur dans mon intimité, si souvent cachée, parce que sensible et blessée, et pourtant belle de ta bonté créatrice. » C’est avec émerveillement que je te contemple dans ta passion. Qu’il est grand ton amour qui va jusqu’au bout : au bout de mes orteils, au bout des enfers de notre monde en sa violence. Merci !
Père Bernard Peeters sj
Communauté Notre Dame de la Paix, Namur
Un chant pour accompagner notre méditation
Jésus qui m’as brûlé le cœur
Texte : Didier Rimaud – Musique : Jo Akepsimas
- Jésus qui m’as brûlé le cœur
Au carrefour des Écritures,
Ne permets pas que leurs blessures
En moi se ferment.
Tourne mes sens à l’intérieur,
Force mes pas à l’aventure,
Pour que le feu de ton bonheur
À d’autres prenne !
- La Table où tu voulus t’asseoir,
Pour la fraction qui te révèle,
Je la revois : elle étincelle
De toi, seul Maître !
Fais que je sorte dans le soir,
Où trop des miens sont sans nouvelles,
Et par ton Nom dans mon regard
Fais-toi connaître !
- Leurs yeux ne t’ont jamais trouvé,
Tu n’entres plus dans leur auberge,
Et chacun dit: « Où donc irai-je,
Si Dieu me manque ?»
Mais ton printemps s’est réveillé
Dans mes sarments à bout de sève,
Pour que je sois cet étranger
Brûlant de Pâques !