Donnons tout son goût à la vie

Vivre le temps pascal avec le Pape François

Le jour de Pâques, le diocèse de Namur, nous a exhortés à l’espérance, en vivant dans cette attitude spirituelle le temps qui nous prépare à recevoir l’Esprit, le jour de la Pentecôte. Nous avons été invités à donner tout son goût à la vie. Le comédien, Philippe Vauchel, nous a envoyé un message pour que « nous ouvrions toutes grandes les fenêtres de ce monde ».

De son côté, le Pape François dans son livre « Un temps pour changer » suggère que « les temps que nous vivons sont décisifs. » (page 11)

C’est pourquoi, pour donner du sens à notre vie, pour accompagner la démarche inspirée par le diocèse, la Lettre de la Chapelle vous propose au long de ces semaines pascales une lecture du livre du Pape François.

Le 27 mars 2020, le Pape bénissait le monde, seul sur la place Saint-Pierre. Un journaliste, Austen Ivereigh, à cette vue, découvre « un pilote dans la tempête pour guider l’humanité à travers l’une de ses nuits les plus sombres. » Alors il décide de rencontrer cet homme, de dialoguer et d’écrire ce livre avec lui pour aider l’humanité à traverser cette crise sans précédent.

Ce sont ces pages que nous allons lire ensemble.

Nous avancerons progressivement dans la lecture du livre, de dimanche en dimanche, en parcourant les trois chapitres (de 1 à 3) et tous les sous-titres. Notre lecture sera émaillée de commentaires, de citations brèves et de textes à télécharger pour approfondir la compréhension.

Henri Aubert sj
Chapelain de la Chapelle Universitaire ND de la Paix

  • Présentation du livre sur le site de Flammarion
  • La lecture du livre par René Poujol sur son propre site
  • Livre disponible au prix de 16,90 €, à la Chapelle Universitaire ND Paix, au Centre Diocésain de Documentation, rue du Séminaire à Namur, dans les bonnes librairies.

1. La lecture Dimanche 18 avril
2. La lecture du dimanche 25 avril
3. La lecture du dimanche 2 mai
4. La lecture du dimanche 9 mai

1. La lecture Dimanche 18 avril

Le prologue

Dans le Prologue, le Pape François souligne que les crises sont inévitables. Celle que nous visons depuis maintenant plus d’un an, engendrée par la Covid, est particulièrement terrible et mondiale. Il ajoute que tout être humain en ce monde est concerné personnellement : « La question est de savoir si tu vas sortir de cette crise et si oui, comment. »

Deux convictions fondamentales :

  1. L’erreur aujourd’hui est de faire de l’individualisme le principe d’organisation de la société.
  2. Le principe nouveau que le Pape développera dans le livre est que nous avons besoin les uns des autres.

« L’idée que nous pourrions sortir meilleurs de tout cela me remplit d’espérance, conclut le Pape dans son prologue. Mais il nous faut voir clair, bien choisir et agir correctement. Voyons comment. Laissons les paroles de Dieu à Isaïe nous parler : “Viens parlons-en.” Osons rêver. » (page 20)

Ce sont les trois principes traditionnels de l’Action Catholique : Voir – Juger – Agir.

Chapitre 1. VOIR

Ouverture : « Tu vois l’espérance inscrite dans l’histoire de chaque nation et c’est magnifique parce que c’est une histoire de sacrifice, de lutte quotidienne, de vies brisées dans le don de soi. Et au lieu de t’accabler, cela t’invite à méditer et à faire face avec espoir. » (page 23)

Le moment de Noé (page 27)

François pose d’abord le principe de départ : nous appartenons à Dieu, et nous appartenons aussi les uns aux autres. Il nous faut reprendre contact avec la réalité car nous avons toujours une « myopie existentielle », qui peut se traduire par un « je-m’en-foutisme » permanent, qui nous éloigne de Dieu et des autres. Il faut VOIR, regarder la réalité !

Mais le Pape nous annonce une Bonne Nouvelle : « une Arche nous attend pour nous conduire vers un nouvel avenir. La Covid-19 est notre moment de Noé, à condition que nous puissions trouver notre chemin vers l’Arche des liens qui nous unissent : l’arche d’amour et d’une appartenance commune. »

Une culture du service et non une culture du déchet (page 29)

L’autre pandémie : le virus de l’indifférence (page 34)

« L’indifférence bloque l’Esprit en nous fermant aux opportunités que Dieu attend de nous offrir, des opportunités qui débordent de nos schémas et de nos catégories mentales. » (page 36)

Il n’y a pas de honte à trembler un peu (page 37)

« Bien sûr nous hésitons. Face à tant de souffrances, qui ne reculerait pas ? Il n’y a pas de honte à trembler un peu. La peur de la mission peut, de fait, être un signe de l’Esprit-Saint. Nous nous sentons à la fois inaptes à la tâche et appelés à l’accomplir. Il y a une flamme dans notre cœur qui nous rassure : le Seigneur nous demande de la suivre. »

Dès maintenant le Pape nous révèle sa manière de faire en recourant au discernement, en dialogue avec les autres. Il explicitera petit à petit cette notion en lien avec une autre, celle du débordement. Cela conduit évidemment bien au-delà du compromis, même si l’on doit y passer !

2. La lecture du dimanche 25 avril

Nous ne sommes pas nés pour la connexion mais pour l’échange (page 39)

Le Pape François parle d’abord des médias : « durant le confinement, les infos et les réseaux sociaux sont devenus notre principale fenêtre sur le monde pour le meilleur et pour le pire » (39). Ainsi les journalistes ont eu un rôle clé en donnant un sens à ce qui se passait. Par contre les médias ont aussi leur pathologie : ils déforment notre vision de la réalité.

Il précise que « la communication est bien plus qu’une simple mise en contact et elle est plus fructueuse là où les liens de confiance existent : la communion, la fraternité et la présence. » (40)

Il peut alors rappeler combien de nombreuses personnes dans l’Eglise ont réagi à la pandémie en cherchant de nouvelles formes de proximité. Finalement la pandémie est un temps qui bien sûr a provoqué une grande et douloureuse distanciation mais où nous avons pu inventer une manière nouvelle et créative d’être peuple de Dieu.

L’abus est une violation de la dignité humaine (page 42)

François repart de la communication avec Internet qui a son côté positif (pour rester en contact et communiquer entre nous) mais qui n’a fait qu’augmenter la culture de l’abus : les abus de liaison internet, avec tous les autres abus sexuels, de pouvoir, de conscience… Et cela même dans l’Eglise.

Mais le Pape souligne que « nous avons pris des mesures importantes pour éradiquer les abus et pour créer une culture de l’attention capable de répondre rapidement aux accusations. » (43) Il souligne que la société a eu le même réveil.

Mais à partir de ces différents cas d’abus, il comprend que

« la racine du péché est la même. C’est l’antique péché de ceux qui croient avoir le droit de posséder les autres, qui ne reconnaissant aucune limite et qui, sans nulle vergogne, croient pouvoir les utiliser comme ils le souhaitent. C’est le péché qui consiste à ne pas respecter la valeur d’une personne. » (44)

Comme si l’autre n’existait pas (45)

François constate que, dans cette situation de covid, « à quelques notables exceptions près, les gouvernements ont fait de grands efforts pour faire passer en premier le bien-être de leur population, en agissant de manière décisive pour protéger la santé et sauver des vies. » (46)

Mais certains groupes ont protesté car c’était une sorte d’attaque politicienne contre leur liberté individuelle. Par exemple, l’obligation de porter un masque serait considérée comme un abus de pouvoir. Comme si l’autre n’existait pas !

Pour le Pape c’est l’image du narcissisme, de “l’égo blindé”. « Il est trop facile pour certains de prendre une idée – dans ce cas, par exemple, la liberté personnelle – et de la transformer en une idéologie, en créant un prisme à travers lequel ils jugent tout. » (47)

Un peuple libre est un peuple qui se souvient (page 48)

La Pape alors évoque les manifestations antiracistes de ces derniers mois où il y avait ceux qui déboulonnaient les statues de personnages historiques. Et cela l’inquiète car « un peuple libre est un peuple qui se souvient, capable de s’approprier son histoire plutôt que de la renier, et d’en tirer les meilleures leçons. » (48)

Il sait bien que le passé est toujours plein de situations honteuses. Il ne s’agit pas d’effacer la honte du passé mais de le reconnaître tel qu’il est. Le grand risque en effet est de déboulonner des statues pour les remplacer par d’autres, quand ce qu’elles représentent ne parle plus à une nouvelle génération.

« Cela devrait passer par la recherche d’un consensus, le débat et le dialogue plutôt que par des démonstrations de force. » (50)

Le sort de la création est lié au sort de l’humanité tout entière

« Pendant longtemps, nous avons pensé que nous pourrions être en bonne santé dans un monde malade. Mais la crise nous a fait comprendre combien il est important de travailler à un monde en bonne santé. » (50)

A partir de ce constat le Pape aborde le monde comme un don de Dieu pour nous. Il développe alors de fortes convictions autour de l’écologie.

Il raconte d’abord comment est née sa conscience écologique et comment il a été amené à écrire l’encyclique Laudato si‘. Pour lui l’écologie est une prise de conscience et non une idéologie. Mais elle révèle le péché de l’humanité.

« Ce que j’ai vu, c’est la tristesse d’une humanité riche en savoir-faire mais à qui fait défaut la sécurité intérieure de se connaître comme créatures de l’amour de Dieu, une connaissance qui s’exprime dans le respect simultané de Dieu, des autres et de la Création. Une humanité exaspérée par les limites imposées par la nature est une humanité qui n’a pas réussi à maîtriser le pouvoir de la technologie. » (56)

Cela conduit le Pape à affirmer que « notre péché est de ne pas reconnaître la valeur des choses, de vouloir posséder et exploiter ce que nous n’apprécions pas comme un don. » (57)

Nos « covid personnelles » nous révèlent ce qui doit changer (page 58)

Le Pape François est conscient que la covid a engendré des situations dramatiques, mais il pense que cette crise peut avoir des effets bénéfiques si nous réagissons.

« Un “temps d’arrêt” peut toujours être un bon moment pour faire le tri, pour relire le passé, pour faire mémoire avec gratitude de qui nous sommes, de ce que nous avons reçu et de là où nous nous sommes égarés. (…) Ces moments génèrent une tension, une crise qui révèle ce que nous avons dans le cœur. Dans ces moments-là, nous avons besoin des autres pour marcher avec nous. » (59).

Chacun, dans sa vie, a vécu sa “covid personnelle”, et pas uniquement cette année au temps du coronavirus.

C’est l’expérience de beaucoup de personnages de la Bible : par exemple Saint-Paul, le roi David, Salomon, Sansom…

Covid, boulet de canon , même combat ! C’est aussi le cas d’Ignace de Loyola

ll y a 500 ans, le 20 mai 1521, Ignace de Loyola défendait farouchement avec d’autres chevaliers la citadelle de Pampelune, au nom du roi d’Espagne, contre l’ennemi français. Un boulet de canon lui fracassa une jambe et l’immobilisa cruellement pendant de nombreux mois. Cette bataille perdue fit naître en lui un autre combat, intérieur, qui le conduisit à changer toute sa vie pour suivre Jésus et non plus un Roi humain. A l’époque, ce fut pour Ignace sa « covid personnelle ».

Comme Ignace, n’avons-nous pas reçu des « coups de canon » qui ont changé nos vies, nos « covid personnelles » ? N’est-ce pas le moment de revenir sur notre histoire et de méditer afin de « Voir toute chose nouvelle en Christ » ? C’est la proposition de la Famille Ignatienne, avec Prie en Chemin. Tous autant que nous sommes, nous y sommes invités…

Trois Covid dans ma propre vie (page 64)

Le Pape prend alors le temps de raconter longuement trois expériences de sa vie qu’il considère comme ses trois « Covid personnelles ».

  • La maladie à 21 ans.
  • Son séjour en Allemagne quand il travaillait sa thèse.
  • Après l’expérience du gouvernement comme jésuite.

Il a compris que, dans de telles situations, il y a toujours le risque de retomber dans les défauts passés. Sa conclusion : « Tu souffres beaucoup mais si tu te laisses transformer, tu en sors meilleur. Et si tu t’enfonces, tu en ressors pire. » (71)

Mieux choisir ce qui compte (page 71)

Pour François, aujourd’hui il y en a « beaucoup qui “s’enfoncent” ». Et puis il est clair pour lui que le risque c’est de recommencer : « Ils parlent de “restauration”, ils veulent mettre un peu de vernis sur l’avenir, retoucher la peinture ici et là, mais en gros s’assurer que rien ne change. » (71)

Alors il faut penser et agir autrement. Par exemple aujourd’hui, « s’il faut choisir entre sauver des vies et sauver le système financier, que ferons-nous ? »

Pour lui, « c’est clair, nous devons repenser l’économie pour qu’elle puisse offrir à chaque personne l’accès à une existence digne tout en protégeant et régénérant la nature. » (72)

La suite est optimiste : « Ce que je vois – et cela me donne de l’espoir – c’est un mouvement populaire qui appelle à un changement profond qui part des racines, des besoins concrets des personnes, qui surgit de leur dignité et de leur liberté. C’est le changement profond dont nous avons besoin, un changement qui naît de personnes capables de se rencontrer, de s’organiser et de faire des propositions vraiment humaines. » (72)

François donne l’exemple de Néhémie, dans l’histoire du peuple de Dieu.

Après avoir à nouveau redit la situation dramatique de notre humanité, il donne deux principes indispensables pour sortir de la crise.

Tout d’abord, le besoin urgent est de renforcer les institutions qui sont une réserve vitale d’énergie morale et d’amour civique. « L’hyperinflation de l’individu va de pair avec la faiblesse de l’Etat. Une fois que les gens perdent le sens du bien commun, l’Histoire montre que nous finissons avec l’anarchie ou l’autoritarisme, ou les deux à la fois : une société violente et instable. » (74)

Et ensuite « sans le “nous” d’un peuple, d’une famille, des institutions, d’une société qui transcende le “je” des intérêts individuels, l’existence se désagrège en un rien de temps et devient violente, telle une bataille pour la suprématie entre factions et intérêts. » (75) « Nous avons à nouveau besoin de sentir que nous dépendons les uns des autres, y compris ceux qui ne sont pas encore nés et ceux qui ne sont pas encore citoyens. » (76)

Et la conclusion est claire : « Nous pouvons choisir ».

3. La lecture du dimanche 2 mai

Chapitre 2. CHOISIR

Nous entrons dans la seconde étape du livre. « Entre la première, qui consiste à s’approcher et à se laisser atteindre par ce que l’on voit, et la troisième étape, qui consiste à agir concrètement pour soigner et relever, il y a une étape intermédiaire essentielle : discerner et choisir. Un temps d’épreuve est toujours un temps pour distinguer entre les chemins du bien qui mènent à l’avenir et les autres chemins qui ne mènent nulle part ou qui sont à rebours. »(79)

Tout d’abord il faut revenir aux valeurs, c’est-à-dire ce qui vaut authentiquement la peine. « Toutes les vraies valeurs, les valeurs humaines, sont non négociables. » (80)

Ensuite le Pape donne la grammaire du Royaume de Dieu : les Béatitudes.

Il rappelle enfin que l’Eglise a développé une série de principes et de critères de jugement dans la Doctrine Sociale de l’Eglise :

  • L’option préférentielle pour les pauvres.
  • Le « bien commun » (le bien de la société tout entière).
  • La destination universelle des biens : Terre, Travail, Toit (logement).
  • La solidarité et la subsidiarité.

« Comment appliquons-nous ces critères nobles mais abstraits aux choix grands et petits que nous faisons ? Cela demande le type de réflexion et de prière que nous appelons le discernement des esprits. » (83)

La vérité se révèle à celui qui s’y ouvre (pages 84-89)

« Le coronavirus a accéléré un changement d’ère. (…) Les tentatives de retour à l’identique nous ramènent toujours à une voie sans issue. » (84) Devant cette incertitude il y a:

  • l’idéologisme et la mentalité rigide,
  • le fondamentalisme qui « en alliant pensée et comportement, forme un refuge protecteur pour les personnes en crise ». (84)
  • le discernement, « en revanche, nous permet de naviguer dans des contextes changeants et des situations spécifiques en cherchant la vérité. » (85)

Après avoir évoqué Romano Guardini qui développait la pensamiento incompleto, la pensée inachevée, François s’insurge contre le moralisme et tous les «-ismes » mais aussi contre le relativisme… et indique la foi qui cherche la raison et la compréhension (fides quaerens intellectum). Cette approche de la vérité contient à la fois un élément d’assentiment et un élément de recherche continuelle. Clairement « la Tradition n’est pas un musée ». (88)

Nos personnes âgées sont nos racines, notre source, notre subsistance (pages 89-92)

Le Pape va maintenant exposer quelques signes des temps où se manifestent « la faim et la soif de la justice (Mt 5,6), un cri qui monte des périphéries de la société. » (89).

Le premier signe des temps : les personnes âgées face aux jeunes. Pour François, l’abandon des personnes âgées est une injustice immense et l’avenir naîtra de la rencontre des jeunes et des vieux : ne faut-il pas donner aux jeunes des racines pour qu’ils puissent prophétiser, c’est-à-dire des espaces ouverts pour qu’ils puissent grandir ?

Ce qui est et ce qui n’est pas de Dieu (pages 92-95)

Aujourd’hui, « un fossé se creuse entre les réalités et les défis auxquels nous sommes confrontés et les recettes et solutions qui s’offrent à nous.»  (92)

La Pape donne alors un exemple de fossé : entre le souci de protéger et régénérer la Terre Mère et le modèle économique des régions les plus riches du monde. Alors il rêve :

« Se pourrait-il que le fait de remplacer l’objectif de croissance par celui de nouvelles formes de relations ouvre à un autre type de système économique, qui réponde aux besoins de tous dans les limites des moyens dont notre planète dispose ? » (93)

C’est là que prend place le discernement qui est d’apprendre à distinguer entre la voix de Dieu et la voix de l’ennemi, pour voir où et comment agir.

La force des femmes (pages 96 à 104))

La Pape François prend alors un autre « signe des temps » qui lui tient à cœur : « Un signe d’espoir dans cette crise est le rôle prépondérant des femmes. Les femmes ont été à la fois parmi les plus touchées et les plus résistantes dans cette crise. »

Après avoir évoqué la force des femmes dans l’Evangile à la mort de Jésus, le Pape insiste sur ce que les femmes peuvent apporter au temps de la crise actuelle :

« Se pourrait-il que l’Esprit nous incite à reconnaître et à intégrer cette approche nouvelle que certaines femmes apportent en ce moment ? Je pense en particulier à ces femmes économistes dont la réflexion innovante est particulièrement pertinente dans cette crise. » (97)

François donne alors deux exemples de femmes qui l’ont marqué et aidé à comprendre l’apport des femmes dans les choix que notre société doit faire :

Mariana Mazzucato (La Théorie du donut, Paris, Plon, 2018) et Kate Raworth (The Value of Everything : Making and Taking in the Global Economy, Londres, Penguin Random, 2019).

« Je vois dans cette « remise en question » des femmes économistes un signe pour notre temps auquel nous devrions être attentifs. » (100)

Ce n’est que lorsque les femmes auront plus de « pouvoir » que leurs thèses gagneront du terrain. Il faut leur donner un accès égal au leadership.

Il explique alors et développe ce qui l’a préoccupé à Rome : « Comment mieux intégrer la présence et la sensibilité des femmes dans les processus de décision du Vatican » (101)

Puis il part du constat que les femme « au foyer » ont l’art de « tenir une maison ». Or l’étymologie du mot économie est : oikos = la maison et nomos = gérer. Ainsi « elles doivent parler trois langues en même temps, celle de l’esprit, celle du cœur et celles des mains ». (103)

Et il conclut : « dire qu’elles ne dirigent pas vraiment parce qu’elles ne sont pas prêtres, c’est du cléricalisme et c’est irrespectueux. » (104)

4. La lecture du dimanche 9 mai

Jésus n’a pas fondé l’Eglise comme une citadelle de pureté (pages 104 à 112)

Le Pape François souligne maintenant qu’il convient de « choisir la fraternité plutôt que l’individualisme » comme principe d’organisation. Plus loin il insiste :

« Il est difficile de construire une culture de la rencontre, dans laquelle nous nous retrouvons en tant que personnes ayant une dignité commune, au sein d’une culture du déchet qui considère les personnes âgées, les chômeurs, les handicapés et les enfants à naître comme inutiles à notre bien-être. » (105)

Il commence par mettre en place une première notion, celle de « la conscience isolée » qui est un mauvais esprit qui travaille le cœur de l’homme, dans la société civile aussi bien que dans l’Eglise.

« Il est important de comprendre l’effet d’un mauvais esprit lorsqu’il tente de nous isoler spirituellement du Corps auquel nous appartenons, nous enfermant dans nos intérêts propres et nos points de vue par le biais de la suspicion et de la présomption. » (page 106)

« Les graines de division : l’ouverture charitable à l’autre est remplacée par la crispation à la prétendue supériorité de ses propres idées. (…) C’est une forme de mondanité spirituelle. » (page 108)

Lutter contre ce mauvais esprit est la tâche de tous, dans l’Eglise comme dans la société en général. François insiste alors sur le témoignage et l’action de l’Eglise aujourd’hui dans notre monde.

« Jésus n’a pas fondé l’Eglise comme une citadelle de pureté ni comme un défilé constant de héros et de saints – bien que, grâce à Dieu, nous n’en manquions pas. C’est quelque chose de beaucoup plus dynamique : une école de conversion, un lieu de combat spirituel et de discernement, où la grâce abonde en même temps que le péché et la tentation. A l’instar de ses membres, l’Eglise peut être un instrument de la miséricorde de Dieu, car elle a besoin de cette miséricorde. » (109)

François donne deux exemples pour illustrer son propos :

– Celui de Jonas dans l’histoire biblique, qui fuyait la miséricorde de Dieu, avant sa conversion : « Le cœur du moi arc-bouté s’endurcit au contact de la miséricorde de Dieu ! » (110)

– Celui du synode sur l’Amazonie, sur lequel il reviendra plus longuement par la suite.

Reconnaître notre dépendance de Dieu (pages 112 à 115)

Le Pape donne alors l’antidote de la conscience isolée : « l’accusation de soi ».

« C’est l’humilité de confesser nos fautes, non pas pour nous punir – ce qui serait la même erreur que de se mettre aux commandes – mais pour reconnaître notre dépendance à Dieu et notre besoin de Sa grâce. (…). M’accuser moi-même, confiant en la miséricorde de Dieu, révèle le mauvais esprit qui alors perd pied.» (113)

Et ceci à l’inverse du « cycle contagieux de l’accusation et de la contre accusation. (…) Nous ne sommes plus des rivaux mais des membres d’une même famille. » (114)

Zachée est l’exemple même de celui qui renonce à son isolement.

La conclusion devient claire : « L’accusation d’autrui ignore Dieu ; l’accusation de soi nous ouvre à Lui. » (115)

La politique comme acte de charité(pages 115 à 118)

Cette réflexion conduit le Pape sur le terrain politique où il nous faut nous engager. En effet, il est clair que « l’absence de dialogue sincère dans notre culture publique rend encore plus difficile la création d’un horizon commun vers lequel nous pouvons tous avancer ensemble. » (116)

Il convient de repérer deux tentations :

– Le réductionnisme simpliste qui ne voit que le bien ou le mal, ou les justes et les pécheurs.
– La polarisation qui a une racine spirituelle, « amplifiée et exacerbée par des médias et des politiciens ». Le Pape ajoute que le diable, « le grand accusateur » de l’Ecriture, en est la source.

Il nous faut donc nous engager dans le conflit.

« Notre tâche principale n’est pas de nous dégager de la polarisation mais de nous engager dans le conflit et le désaccord de manière à nous empêcher de descendre dans la polarisation. (…) Les divisions ne génèrent pas de polarisations stériles mais portent de nouveaux fruits précieux. (…) C’est l’art du dialogue civique qui synthétise les différents points de vue sur un plan supérieur. » (117)

Contradictions et contrapositions (pages 118 à 122)

Le Pape François précise la dynamique du conflit, en repartant de la réflexion du théologien, Romano Guardini (1885-1968), sur lequel il avait entrepris un travail de thèse en 1986. Il s’agit de « comprendre comment les contradictions apparentes peuvent être résolues de façon métaphysique par le discernement. » (119)

Il distingue trois notions essentielles : la contraposition qu’il oppose à la contradiction, et le débordement pour en sortir.

« La contraposition implique deux pôles en tension, qui s’éloignent l’un de l’autre : horizon/limite, local/global, le tout/la partie, et ainsi de suite. Ce sont des contrapositions parce que ce sont des opposés qui interagissent néanmoins dans une tension féconde et créative. » (119)
« Les contradictions, en revanche, exigent que nous choisissions entre le bien et le mal (le bien et le mal ne pouvant jamais être une contraposition, car le mal n’est pas la contrepartie du bien mais sa négation). » (119)

Il convient de sortir de la contradiction où il n’y a pas de dialogue pour entrer dans la contraposition. C’est la tâche du réconciliateur. Alors peut venir le débordement « quand les gens se font confiance et cherchent humblement le bien ensemble. » (121)

– Le débordement : « La solution à un problème insoluble se présente de façon inattendue, imprévue, résultat d’une créativité nouvelle et plus grande, libérée, pour ainsi dire de l’extérieur. (…) Nous reconnaissons ce processus comme un don de Dieu car c’est la même action de l’Esprit décrite dans l’Ecriture et évidente dans l’Histoire. » (121)