
Vendredi 3 avril 2026
Office de la Passion
- Isaïe 52,12 à 53,12 : Le juste mon serviteur, justifiera les multitudes.
- Psaume 30 : Ô Père, en tes mains, je remets mon esprit.
- Hébreux 4, 14-16 et 5, 7-9 : La cause du salut éternel.
- Jean 18, 1 à 19, 42 : La Passion selon saint Jean.
Lire les textes de la liturgie
Contempler l’amour de Dieu
Christ de Saint-Damien
Assise, église Santa Clara
Homélie
Frères et sœurs,
On hésite à parler après ces lectures. Tant il semble que tout est dit. Tant nous nous tenons devant un mystère qui restera à jamais trop grand pour nous. Un mystère qui invite avant tout à demeurer devant le Christ, à le regarder.
Je vous propose seulement trois points, comme trois regards sur sa Passion. La puissance de Dieu ; la détermination du Christ ; et comment le Christ veut nous rejoindre.
- Le premier regard, c’est celui sur la puissance de Dieu.
Cela semble absurde. Dieu est absent. Jésus est humilié ; il est bafoué ; il est mis à mort. Le ciel se tait. Comme il se tait sur tant de souffrances, tant d’horreurs, tant d’absurdités.
Et pourtant Dieu est présent. Dieu est présent dans la manière dont Jésus affronte le mal sans cesser d’être libre. Il subit la violence sans riposter par la violence. Mais il la subit aussi, ce qui est sans doute plus difficile encore, sans se laisser contaminer par elle. Sans lui laisser de prise. Sans capituler devant le mensonge.
« Si je n’ai rien dit de mal, pourquoi me frappes-tu ? »
Nous découvrons devant la Croix ce qu’est la puissance de Dieu. Non pas celle de détruire de l’extérieur ceux qui s’opposent à lui. Mais celle d’affronter le mal, de le prendre sur soi sans avoir aucune part avec lui. La puissance d’un amour capable de vaincre la violence de l’intérieur.
- Le second regard, c’est celui sur la détermination du Christ.
Plus encore que les autres évangiles, l’Evangile de Jean nous montre le Christ qui traverse jusqu’au terme. Nous l’avons entendu hier : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ».
Aujourd’hui, dans la passion, ce jusqu’au bout prend corps.
Jusqu’au bout de la Passion, Jésus traverse, sans cesser d’aimer les hommes et les femmes,
jusque, au moment de mourir, confier sa Mère à son disciple au pied de la croix ;
sans cesser d’aimer le Père et de regarder vers lui.
Cette détermination du Christ, c’est celle de conserver uni, en son cœur, ce que le péché et le mal ont séparé. Jusqu’à pouvoir dire « tout est accompli ». Comme seul peut le dire celui qui ne s’est pas laissé détourner de sa voie.
- Le troisième regard : c’est pour nous rejoindre que le Christ souffre sa passion.
Cette détermination du Christ dans la Passion, elle nous révèle avec quelle détermination Dieu nous cherche. Elle nous révèle comment il veut nous rejoindre, chacun, chacune de nous, au plus profond du mal, de la violence, du refus de Dieu, de l’indifférence.
Et l’étonnant, c’est que sa mort semble déjà rendre possible une réponse de notre part.
C’est ce chœur entendu dans le livre d’Isaïe, qui trouve dans la mort du juste le courage de se découvrir pécheur et pardonné. « C’étaient nos souffrances qu’il portait ».
Ce sont aussi Joseph d’Arimathie, Nicodème : disciples du Christ, mais en secret, de nuit. Et qui au moment où tout semble fini, où la sagesse serait de se cacher, trouvent soudain le courage d’agir au grand jour.
Comme si du cœur de Jésus transpercé naissaient les sources d’un courage et d’une vérité nouvelle.
Ce courage, il naît d’avoir osé demeurer devant le Christ en Croix. De ne pas s’être dérobé. Devant ce don de Dieu à jamais trop grand pour nous, voilà ce que nous pouvons demander : de savoir demeurer là. De contempler son amour. En adorant le Christ sur la croix, de laisser la puissance de Dieu convertir nos idoles, nos faux désirs de puissance. De laisser le Christ rejoindre et guérir le mal en nous. Et de nous donner sa force pour vivre avec lui en vérité.
Père Perrin Lefebvre sj
Communauté Notre Dame de la Paix, Namur