
Dimanche 3 mai 2026
Cinquième dimanche de Pâques
- Actes des Apôtres 6, 1-7 : Cherchez plutôt sept d’entre vous…
- Psaume 32 : Que ton amour, Seigneur, soit sur nous, comme notre espoir est en toi !
- 1 Pierre 2, 4-9 : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs…
- Jean 14, 1-12 : Croyez-moi, je suis dans le Père et le Père est en moi.
Lire les textes de la liturgie
Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie
Homélie
Frères et sœurs,
Les lectures de ce dimanche sont étonnantes. Elles nous font passer des problèmes très concrets de la première communauté chrétienne, aux hauteurs théologiques de l’Évangile de Jean. Avec peut-être l’envie de demander : quel est le rapport ?
Elles nous disent pourtant quelque chose d’essentiel concernant la manière de trouver Dieu. On pourrait le résumer ainsi : du mystère du Père au mystère du Christ ; et du mystère du Christ au mystère de l’Église.
Le mystère du Père
Beaucoup connaissent ce bel hymne de Grégoire de Nazianze, ce Père de l’Église du 4ème siècle :
O Toi, l’au-delà de tout,
(…) Seul, tu es indicible.
Car tout ce qui se dit est sorti de toi.
Le désir universel, l’universel gémissement tend vers toi.
Dieu est au-delà de tout… Dieu au-delà de toutes nos images, qui est aussi l’ultime désir de notre cœur. Saint Ignace le dira avec d’autres mots : l’être humain est « créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur ». Dit autrement : nous ne flottons pas comme des bouchons à la surface de l’océan en attendant la mort. Mais notre vie a une origine. Elle a une direction. Dieu.
Il faut une certaine foi pour oser dire cela. Et de fait, ce désir chez beaucoup semble étouffé, voire éteint. Il peut même l’être chez nous, en partie. Pris dans l’habitude, dans les difficultés, avons-nous gardé vivante cette clarté du cœur ? Celle d’un Charles de Foucauld lors de sa conversion : « Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui. »
C’est pourquoi il y a quelque chose de très rafraîchissant dans la demande de Philippe, avec son honnêteté un peu brutale : « Seigneur, montre-nous le Père, cela nous suffit ». C’est-à-dire : « Allons à l’essentiel : nous voulons connaître Dieu. Que demander de plus ? »
Le mystère du Fils
Nous sommes habitués à la réponse de Jésus. Mais elle reste tout aussi déroutante : « Celui qui m’a vu a vu le Père » ; « nul ne va vers le Père sans passer par moi ». « Moi je suis le chemin, la vérité, la vie ».
Pour beaucoup, cette réponse est un scandale. Si Dieu est au-delà de tout, comment un être humain peut-il le donner à voir ? Comment peut-on prétendre baliser le chemin vers Lui ? C’est le même scandale, au fond, que celui qui a poussé les chefs des prêtres à mettre Jésus à mort, au nom de la transcendance de Dieu.
Pourtant, il y a quelque chose de confortable dans un Dieu transcendant, invisible, bien à l’écart. Chacun peut projeter sur lui ses images… et s’en faire une idole à sa manière.
Au contraire, Jésus dégage un chemin qui dégage les idoles, nos fausses images de Dieu.
On le comprend mieux quand on réalise que chez saint Jean, le mot « voir » a un sens très profond. Dans l’évangile du tombeau vide, Pierre « aperçoit » les linges. Mais de l’autre disciple, il est dit : « il vit, et il cru ». Voir n’est pas d’abord l’affaire des yeux. C’est entrer dans l’intelligence du mystère.
Jésus ne dit pas : « qui m’aperçoit voit le Père ». Il ne rend pas le Père visible comme une photo fait voir un paysage. Mais il dit : « qui me connaît de l’intérieur, qui entre dans le mystère de ma relation au Père, connaît aussi le Père ».
Cette relation, c’est à chacun de la vivre, selon son histoire, dans le secret du cœur. Mais la tradition chrétienne ne cessera de le redire : Il n’y a pas d’autre chemin. Toute quête spirituelle qui prétend court-circuiter l’humanité du Christ pour aller à un Dieu prétendument plus pur, cette quête à un moment s’égarera dans l’illusion. On ne connaît réellement le Père qu’en fréquentant le Christ. « Le Père et moi, nous sommes un »
Le mystère de l’Église
Le troisième passage est peut-être plus difficile encore. A savoir : que ce chemin à la suite du Christ ne peut pas non plus court-circuiter l’Église. La lettre de saint Pierre le dit bien : s’approcher du Seigneur Jésus, c’est, du même coup, entrer « comme pierres vivantes », « dans la construction de la demeure spirituelle ».
On pourrait dire que chaque passage, du Père au Fils et du Fils à l’Eglise, est un pas vers l’incarnation. On peut encore se construire un Christ « à son image ». C’est beaucoup plus difficile d’éviter la réalité de l’Église… avec ses beautés, mais aussi ses lourdeurs, ses lâchetés, ses égarements. Avec les personnes qui la composent. Avec les personnes aussi qui y ont été blessées d’une telle manière qu’il leur semble que leur chemin avec Dieu ne peut plus se faire dans l’Église.
Et pourtant, un Christ sans Église serait aussi abstrait qu’un Père sans le Christ. Il y a un lien entre notre rapport au Christ et notre relation à l’Église – chacun à sa mesure, et en affrontant les questions les plus concrètes du quotidien. Ainsi dans la première lecture : deux communautés d’origines différentes (les Grecs et les Juifs) qui ont du mal à trouver leur place l’une par rapport à l’autre. Eh bien : dans la manière d’affronter ce problème se joue la prise au sérieux des paroles du Christ : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ».
Voilà ce que nous pouvons demander au cours de cette eucharistie : d’être nourris de la vie du Christ. De le laisser dégager en nous le chemin vers le Père. Et de nous donner de participer à la vie de son corps, à la vie de l’Église.
Père Perrin Lefebvre sj
Communauté Notre-Dame de la Paix, Namur
La prière universelle de ce dimanche
Le célébrant : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé » nous dit Jésus. Faisons monter vers le Père notre prière pour notre monde qui souffre et qui peine.
Refrain : Animés par l’Esprit de Jésus, nous te prions, toi notre Père.
- Dieu, notre Père, nous te confions les gouvernants des nations,
afin qu’ils sachent prendre la responsabilité qui leur est confiée
non comme un pouvoir et un intérêt personnel, mais comme une tâche au service de la paix et de la justice dans le monde.
Seigneur, nous te prions. - Dieu, notre Père, nous te confions les diacres,
afin que, dans leur service de charité, ils soient des pierres vivantes et révèlent à tous qu’ils sont nourris par la grandeur de ton amour.
Nous te prions aussi pour leurs épouses, qu’elles aient la force et la sagesse de les soutenir dans leur ministère.
Seigneur, nous te prions. - Dieu, notre Père, nous te confions celles et ceux qui nous gouvernent au quotidien, en particulier les bourgmestres et les échevins de nos communes, et leurs conseillers.
Donne-leur force et disponibilité pour se mettre au service de tous,
pour un bon « vivre ensemble ».
Seigneur, nous te prions. - Dieu, notre Père, nous te confions notre communauté.
Donne-nous d’être les pierres vivantes de ton Eglise pour annoncer tes merveilles à nos proches comme au monde entier.
Seigneur, nous te prions. - Confions au Seigneur les prières que nous avons en notre cœur.
Le célébrant : Seigneur Jésus, écoute les prières que nous venons d’exprimer, écoute celles qui sont dans notre cœur, exauce-les, toi qui es vivant pour les siècles des siècles.
Un chant pour accompagner notre méditation
Maître, montre-nous le Père
Paroles d’après Jn 14, 5-23 – Musique : P. Scheide et Michaël Hagemann
Maître, montre-nous le Père,
Maître, où est le chemin ?
Maître, montre-nous le Père,
Cela nous suffit.
- Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie, qui me voit, voit le Père,
Et qui me connaît, connaît aussi le Père et déjà vous l’avez vu ! - Depuis si longtemps que je suis avec vous, et vous ne croyez pas.
Je suis dans le Père et le Père est en moi, qui me voit, voit le Père ! - Les paroles que je dis viennent du Père, et le Père en moi demeure.
Je suis dans le Père et le Père est en moi. Ayez foi en ses œuvres ! - Qui croit en moi lui aussi accomplira ce que j’ai accompli.
Et vous ferez même de plus grandes œuvres, car je vais vers le Père ! - Tout ce que vous demanderez en mon Nom, Dieu vous le donnera.
Il vous enverra l’Esprit de Vérité, défenseur à jamais ! - Si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole et mon Père l’aimera.
Chez lui, nous établirons notre demeure, je vous laisse ma paix !
Refrain final :
Maître, montre-nous le Père, Maître, tu es le chemin.
Maître, montre-nous le Père, cela nous suffit.