
Dimanche 22 février 2026
Premier dimanche de Carême
- Genèse 2, 7-9 et 3, 1-7a : Création et péché de nos premiers parents.
- Psaume 50 : Pitié, Seigneur, car nous avons péché.
- Romains 5, 12-19 : Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé.
- Matthieu 4, 1-11 : Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté.
Lire les textes de la liturgie
Etre homme-femme, frère-soeur, fils-fille
Image de KT42 utilisée pour l’animation
des enfants à la messe de 10h30 (voir le site)
Homélie
Frères et sœurs,
Les tentations de Jésus au désert ne sont pas un épisode marginal de l’Évangile. Elles sont comme le seuil de toute sa mission. Avant de parler, avant de guérir, avant d’appeler des disciples, Jésus affronte les tentations qui habitent le cœur de tout être humain. Quelles tentations ? Assouvir sa faim avant tout, exercer sa domination sur autrui, maîtriser sa propre vie. Ces trois tentations sont des pentes dans lesquelles on peut se laisser entraîner mais qui aboutissent finalement au malheur, à la violence et à la mort elle-même.
Dans la résistance à ces trois tentations, se dessine tout un programme : être homme, être frère, être fils. Ce programme de vie est celui de Jésus.
- Être homme-femme : refuser le « pain à tout prix avant tout et pour soi »
La première tentation part d’un besoin élémentaire : la faim. « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent du pain. »
Quoi de plus légitime que de manger quand on a faim ? Pourtant, derrière cette proposition se cache un axiome redoutable : manger à tout prix. Se servir immédiatement. Prendre sans attendre. Faire passer le besoin avant toute relation.
Lorsque ce principe gouverne le monde, il engendre la rivalité, la violence, la lutte de tous contre tous. Si chacun doit survivre d’abord pour soi, alors l’autre devient un concurrent.
Jésus ne minimise pas l’importance du pain. Pour lui, le premier devoir est de donner à manger à qui a faim. « J’avais faim et vous m’avez donné à manger ». Mais Jésus refuse la logique du « tout, tout de suite pour soi-même ».
Jésus dit : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Autrement dit : l’homme ne devient vraiment homme que lorsque sa faim s’inscrit dans un espace de parole, de partage, de confiance. Le pain devient humain quand il est rompu, partagé, reçu comme signe de relation. Bref, l’homme ne vit pas seulement de pain, il vit de le partager.
Être homme, c’est apprendre que la vie ne se réduit pas à consommer. C’est entrer dans la convivialité. C’est laisser la parole précéder la prise. Là commence la dignité humaine.
- Être frère-sœur : renoncer à la puissance sur autrui
La deuxième tentation élargit l’horizon : « Je te donnerai tous les royaumes du monde… »
C’est la tentation de la domination. Posséder. Régner. Maîtriser les autres pour s’assurer une place au sommet.
C’est une tentation permanente dans l’histoire humaine : croire que la grandeur se mesure à l’influence, au contrôle, à la supériorité. Le diable propose à Jésus un monde organisé par la puissance. Cela se vérifie encore dans l’actualité de notre monde.
Jésus refuse. Il refuse d’adorer la puissance. Il affirme que le seul culte véritable est celui rendu à Dieu — et ce culte exclut la domination de l’homme par l’homme.
En entrant dans sa vie publique « les mains nues », pauvre et vulnérable, Jésus choisit la fraternité plutôt que la domination. Il ne s’impose pas par la force ; il appelle par la parole. Il ne conquiert pas ; il rassemble.
Devenir frère, c’est renoncer à faire de l’autre un instrument. C’est accepter de ne pas régner. C’est entrer dans une relation d’égalité fondamentale ; c’est entrer dans la solidarité. La victoire sur le désir de la toute-puissance ouvre le chemin de la fraternité.
- Être fils-fille : recevoir sa vie comme un don
La troisième tentation est la plus subtile : « Jette-toi en bas… »
Il ne s’agit plus de pain ni de royaumes, mais de la vie elle-même. Le diable suggère à Jésus qu’en tant que Fils, il pourrait disposer de sa vie, la sécuriser, la rendre intouchable. Ce faisant, le diable pervertit le sens de la filiation. Il en fait un privilège dont on peut se prévaloir.
C’est la tentation de se croire maître de sa propre existence. De penser que la vie est un dû. Qu’elle nous appartient. Que même Dieu devrait la garantir selon nos conditions.
Jésus refuse de mettre Dieu à l’épreuve. Il refuse la maîtrise magique de sa propre destinée. Il ne veut pas posséder sa vie ; il veut la recevoir. Se recevoir d’un Autre. Voilà le secret de la filiation.
Être fils, ce n’est pas être dépendant de manière infantile. C’est reconnaître que la vie est don. Que je ne suis pas mon propre fondement. Ma vie, je la reçois d’un Autre ; et c’est cela qui me rend fils ou fille.
En se recevant du Père, Jésus entre dans une liberté radicale. Il pourra aller jusqu’à la croix, non comme victime d’un destin, mais comme Fils confiant.
Un chemin pour nous
Ces trois tentations ne sont pas seulement celles de Jésus ; elles sont les nôtres. Ne sommes-nous pas tentés, en effet, de vivre dans la logique du « pain à tout prix pour soi-même » ? Ne sommes-nous pas séduits par la puissance, par le besoin d’avoir raison, de dominer, d’imposer ? Ne sommes-nous pas tentés de croire que notre vie nous appartient absolument, que nous en sommes les maîtres ?
A l’inverse, le chemin de Jésus, c’est devenir homme / femme en entrant dans le partage. C’est devenir frère / sœur en renonçant à la domination. C’est devenir fils / fille en recevant la vie comme un don.
Alors, dit l’Évangile, « ayant surmonté toute tentation, Jésus revint en Galilée avec la puissance de l’Esprit ».
Père André Fossion sj
Communauté Notre-Dame de la Paix Namur
La prière universelle de ce dimanche
Le célébrant : Seigneur, en ce premier dimanche de carême, nous faisons monter vers toi nos prières avec un cœur confiant et avec le désir de profiter de ce temps pour nous tourner vers toi.
Jésus, sauveur du monde, écoute et prends pitié..
- “Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange”, dit le psalmiste.
Afin que l’Église accomplisse partout et en tout temps son œuvre de louange et qu’elle révèle à tous la force de ton amour,
Père, nous te prions. - Le livre de la Genèse présente la mécanique du mal, et comment la tentation se présente aux humains.
Afin que les dirigeants politiques soient forts face au mal et restent intègres devant la tentation, pour défendre le bien commun,
Père, nous te prions. - « Père, que ton Règne, vienne», comme nous le disons régulièrement.
Pour les personnes qui vivent dans la rue,
donne-leur la force et la patience pour trouver une issue à leur épreuve ; fais que sous soyons proches d’eux, avec les ressources que tu nous donnes, que ce soit par des dons ou par des services solidaires.
Père, nous te prions. - “L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».
Afin que notre communauté chrétienne profite de ce temps de carême pour se mettre davantage à l’écoute de Ta Parole.
Père, nous te prions.
Le célébrant : Toi qui apportes la lumière à ceux qui habitent les ténèbres, regarde celles et ceux pour qui nous te prions,
et exauce nos prières, toi qui nous aimes pour les siècles des siècles. Amen.
Un chant pour accompagner notre méditation
Avec toi, nous irons au desert
Paroles : Jean-Pierre Servel Musique : Joseph Gelineau
- Seigneur, avec toi nous irons au désert,
Poussés comme toi par l’Esprit,
Seigneur, avec toi nous irons au désert,
Poussés comme toi par l’Esprit,
Et nous mangerons la Parole de Dieu,
Et nous choisirons notre Dieu,
Et nous fêterons notre Pâque au désert :
Nous vivrons le désert avec toi. - Seigneur, nous irons au désert pour guérir,
Poussés comme toi par l’Esprit,
Et tu ôteras de nos cœurs le péché,
Et tu guériras notre mal,
Et nous fêterons notre Pâque au désert :
Ô Vivant qui engendre la Vie ! - Seigneur, nous irons au désert pour prier,
Poussés comme toi par l’Esprit,
Et nous goûterons le silence de Dieu,
Et nous renaîtrons dans la joie,
Et nous fêterons notre Pâque au désert :
Nous irons dans la force de Dieu. - Seigneur, nous irons au désert vers ta croix,
Poussés comme toi par l’Esprit,
Et nous te suivrons au désert pas à pas,
Et nous porterons notre croix,
Et nous fêterons notre Pâque au désert :
Nous vivrons la folie de la croix.