
Dimanche 12 juillet 2026
15ème dimanche du temps ordinaire
- Isaïe 55, 10-11 : La pluie et la neige qui descendent des cieux.
- Paume 64 : Tu visites la terre et l’abreuves, Seigneur, tu bénis les semailles.
- Romains 8, 18-23 : La création tout entière gémit dans les douleurs de l’enfantement.
- Matthieu 13, 1-23 : Le semeur sortit pour semer.
Lire les textes de la liturgie
Rencontres luxueuses
Le semeur
Van Gogh, d’après Millet (1888)
Homélie
Frères et sœurs,
Saint Matthieu, aujourd’hui, met sous nos yeux une image : celle d’un semeur « sorti pour semer ». Il jette ses semences sans compter. Il ne regarde pas à la dépense. Il sème sur des terrains divers : le bord d’un chemin, un champ de ronces, un sol pierreux, un lopin de terre. Mais la parabole s’intéresse surtout à ce qu’il advient des semences à leur arrivée au sol. Le destin des semences est différent selon les terrains dont l’un est bon et les autres mauvais
La tentation est fréquente de voir dans cette image des bons et des mauvais terrains, le profil de bons et de mauvais croyants, ceux qui entendent et ceux qui refusent la parole de Jésus. La parabole, dans ce cas, serait une sorte de jugement sur les hommes. Cependant, le sens de ce récit est tout autre.
Constatons, d’abord que le texte ne met pas en évidence les particularités matérielles des différentes parcelles de terre. Ce qui compte, ce n’est pas tellement la nature du sol mais ce qui se passe pour les semences.
Est écartée, ici, l’idée qu’il y a des bons et des mauvais terrains.
Sur le chemin, d’abord : « Des semences tombent sur le bord mais des oiseaux viennent et les dévorent ». Le texte originel utilise bien ce verbe aux connotations meurtrières.
Sur un deuxième terrain, les semences connaissent la même triste fin : « Des semences tombent dans un champ de ronces mais les ronces grandissent et elles étouffent les semences ». Etouffer, voilà encore un verbe qui désigne le meurtre.
Dans ces deux cas, l’hospitalité a été refusée aux semences, non par un défaut d’accueil des terrains destinataires mais par l’intervention d’un ennemi extérieur. Les semences qui sont porteuses de vie en puissance ont été détruites par des forces de mort. La parabole nous enseigne la fragilité de toute vie et la réalité du mal, de « l’ennemi du genre humain » dira, ailleurs, l’évangile. Mais un ennemi d’ores et déjà vaincu.
Deux autres cas se présentent dans la parabole. Ce qui s’y passe est très différent et nous livre un autre enseignement. Cette fois, il s’agit de nous aider à comprendre ce que signifie accueillir vraiment les semences.
Ces deux situations parlent d’une rencontre effective entre les semences et la terre. Mais la première fois, la terre est peu profonde tandis que la seconde fois c’est de la « bonne terre ». On comprend que la première description n’est là que pour mieux éclairer, par contraste, le succès de la rencontre entre les semences et la bonne terre. En fait, les deux descriptions se rejoignent pour constituer un tout.
Examinons le premier épisode : « Des grains tombent sur les pierrailles. Aussitôt, ils lèvent parce qu’ils n’ont pas de profondeur de terre. Quand le soleil paraît, ils se dessèchent parce qu’ils n’ont pas de racines ».
Une rencontre a bien eu lieu mais elle échoue et la parabole nous explique pourquoi. Par le fait même, elle nous dit en quoi consiste le véritable accueil qui va se réaliser dans la bonne terre. Nous sommes au cœur de la parabole.
Accueillir demande d’offrir du temps à celui qu’on accueille. Le temps d’entamer et de construire une histoire commune. Accueillir implique aussi d’offrir l’espace d’une demeure. C’est de la profondeur de terre pour les semences. Pour que s’y développent des racines. Autrement dit, accueillir, c’est accepter d’être dérangé et de se laisser transformer par celui qu’on accueille. La semence germe grâce à la terre et la terre s’enrichit du bouleversement provoqué par la croissance de la semence. Et, ensemble, la terre et la semence donnent du fruit.
« Des semences tombent dans la bonne terre, dit la parabole et ont donné des fruits, l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente ». Ici, tout est facile, le texte fait état d’une rencontre parfaite. Cependant, un mot doit attirer notre attention : le verbe « donner ». Au terme de la parabole réapparaît le don. A la prodigalité sans mesure du semeur, correspond la luxuriance d’un don de fruits démesuré et tout aussi gratuit que le don des semences. Nous sommes devant une rencontre luxueuse entre la terre et la semence.
***
Frères et sœurs, nous sommes devant une rencontre entre l’homme et la grâce de Dieu.
« Le semeur est sorti pour semer » et « Jésus est sorti de la maison » dit le texte de saint Matthieu. Le semeur est la figure de Jésus. Et les semences sont figures de la grâce.
Jésus, le Fils, est sorti de chez son Père pour semer sa vie dans le monde. Au risque de subir l’action des forces du mal et du rejet.
Souvenons-nous de la phrase de saint Jean : « Si le grain de blé tombée en terre ne meurt pas, il reste seul mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jan 12,24). Benoît XVI a écrit à ce propos que « Jésus lui-même est la semence[1]».
Frères et sœurs, aujourd’hui faisons remonter à notre mémoire les grâces que Dieu a déjà déposées en nous : une présence, une rencontre, une réconciliation, un pardon et tant d’autres dons. Laissons-les agir encore. Elles sont rencontres luxueuses.
Père Jean-Paul Laurent sj
Communauté Notre-Dame de la Paix, Namur
[1] Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Paris, 2007, p. 214 Flammarion
La prière universelle de ce dimanche
Le célébrant : Porter du fruit, comme le Seigneur nous y invite, c’est aussi ouvrir notre cœur aux hommes et aux femmes de notre monde. Nous les confions à Dieu. Qu’il accueille notre prière au creux de ses mains.
Refrain : Accueille au creux de tes mains, la prière de tes enfants.
- Regarde, Seigneur, ton Eglise tout entière que tu as chargée de semer ta Parole dans le cœur des hommes. Donne à tous les baptisés d’être les témoins vivants et joyeux de ton amour. Seigneur, nous te prions.
- Regarde, Seigneur les peuples du monde qui aspirent à la paix et au bonheur. Donne aux gouvernants un cœur bienveillant pour qu’ils agissent avec justice. Seigneur, nous te prions.
- Regarde, Seigneur, tous ceux qui souffrent, et en particulier ceux qui souffrent de la canicule. Donne la force et la persévérance aux personnes qui veillent sur eux et les aident au quotidien. Seigneur, nous te prions.
- Regarde, Seigneur, notre communauté. Tu sèmes en nos cœurs ta Parole et tu espères qu’elle portera du fruit. Donne-nous la sagesse de l’accueillir, malgré les ruses de l’ennemi, et de porter du fruit.
Le célébrant : Ecoute, Seigneur, les prières que nous venons de te confier. Accueille aussi toutes les demandes que nous portons dans le secret de nos cœurs. Que ton amour vienne habiter en nous et fasse de nous des semeurs d’Evangile. Par Jésus.
Un chant pour accompagner notre méditation
Allez porter ma joie au monde
Allez porter ma joie au monde
Par toute la planète
Porter ma joie au monde
Porter ma fête.
- Vers les hommes sans lumière,
Allez porter la paix
Et cette amitié qui éclaire,
Portez l’amour qui ne finit jamais. - Aux travaux de cette terre,
Allez pour la moisson,
Il y a tant de travail à faire
Pour moissonner à tous les horizons. - Pour le royaume à construire
Allez porter vos vies,
Portez vos pierres et vos rires
Au monde neuf qui doucement grandit. - Aux enfants de la souffrance
Allez tendre vos mains,
Offrir une seconde chance
Pour inventer ensemble un lendemain.
Paroles et musique : Jean-Jacques Juven