Dimanche 28 août 2022

22ème dimanche du temps ordinaire (C)

Textes de la liturgie

  • Si 3, 17-18.20.28-29 : Accomplis toute chose dans l’humilité..
  • Psaume 67 : Béni soit le Seigneur, il élève les humbles.
  • Hébreux 12, 18-19.22-24 : Quand vous êtes venus vers Dieu…
  • Luc 14, 1.7-14 : Quand quelqu’un t’invite à des noces….

Lire les textes de la liturgie

La table ouverte du Royaume.

Pieter Bruegel l’ancien,1525-1569, repas de noces 1658,
Musée d’histoire de l’art, Vienne (Autriche)

L’homélie

Frères et sœurs,

L’évangile de ce jour parle de repas. C’était déjà le cas dans la parabole des deux portes de la semaine passée. Ce sera encore le cas dans le texte de Luc qui suit : les invités à la noce qui refusent de venir au banquet et qui sont remplacés par le tout-venant, les bons comme les mauvais[1]. Les repas dont il est question ici sont la figure du rassemblement de l’humanité par Dieu autour de lui.

Cette fois encore, le texte qui a retenti à nos oreilles est bouleversant. Il est bouleversant par les attitudes qu’il propose et qui prennent à contre-pied nos manières habituelles de vivre. Mais on se tromperait si on ne voyait dans cet évangile qu’une leçon de bienséance, de savoir-vivre ou même de morale.  Il y a ici un enseignement théologique : le texte parle de Dieu et de sa relation avec nous, de notre accès au festin du royaume

Le texte de ce jour, vous l’avez certainement remarqué, est divisé en deux parties correspondant aux deux interventions de Jésus à propos de l’organisation d’un banquet. Ce repas est abordé, en effet, par deux biais : celui des invités, d’abord ; celui de l’organisateur du festin, ensuite.

Pour nous livrer son enseignement sur le festin du Royaume – et donc sur notre salut – saint Luc met en scène une visite de Jésus chez un chef des pharisiens.

Tout commence dans le texte évangélique par un round d’observation entre les pharisiens, d’une part, et Jésus, d’autre part. Les pharisiens, souligne le texte, observaient Jésus ; ils sont curieux, cherchant peut-être de quoi l’accuser, comme l’indiquent d’autres passages évangéliques. Jésus, de son côté, n’est pas en reste.  Il observe également tout ce qui se passe. Dans sa perspicacité, il remarque que les invités, dans une sorte de lutte tacite pour la préséance, se pressent pour prendre les premières places, les places d’honneur, comme s’ils estimaient les mériter. Sans doute, se croient-ils plus justes et plus honorables que les autres comme dans l’épisode évangélique du pharisien qui se réjouit de ce qu’il est devant Dieu comparativement à un vaurien de publicain. A la suite de cette observation, Jésus, prenant la parole devant tous, énonce une leçon de vie. Il leur dit : quand tu es invité, ne prends pas la première place au risque d’éprouver la honte d’être ramené par ton hôte à une place inférieure. Au contraire, poursuit Jésus, prend la dernière place et, peut-être, ton hôte te fera-t-il monter à une place supérieure.  Et Jésus conclut son observation par une sentence : « Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ». Et oui, celui qui s’élève par lui-même, sera forcément, un jour ou l’autre, abaissé par d’autres qui viendront prendre la place. Impossible, en effet, la vie nous l’apprend, de demeurer indéfiniment, par ses propres forces, à la première place, au sommet. Le déclassement vient, tôt ou tard, inexorablement. Aussi celui qui s’élève prépare-t-il son propre déclassement. A l’inverse, celui qui s’abaisse se donne les chances d’un avenir meilleur, par la grâce de l’autre qui l’élèvera. Et Dieu lui-même est de la partie ; comme le dit le Magnificat, « il disperse les superbes, il élève des humbles ». La justice du Royaume de Dieu consiste à relever les humbles et à ramener les orgueilleux à l’humble accueil de sa grâce.

C’est une sagesse de vie que Jésus énonce ici, un savoir-vivre, une manière d’être qui, en fait, est salutaire pour tous, lorsqu’on l’adopte individuellement et collectivement. Qui s’abaisse sera élevé. S’abaisser ne signifie pas ici « s’écraser », croire qu’on est nul, qu’on ne vaut rien et que l’on mérite la dernière place. Non, s’abaisser, ici, dans le sens qu’indique Jésus, c’est prendre la place du serviteur et donner toute sa place à l’autre tandis que soi-même, on se tient à une place humble, avec contentement, heureux de l’honneur qui est rendu à l’autre. Au fond, s’abaisser, c’est dire à l’autre : « Lève-toi, relève-toi, prends ton grabat et marche » Cet abaissement est l’abaissement de Jésus lui-même qui a pris la condition du serviteur. « Je suis parmi vous à la place de celui qui sert[2] ». Avant d’être exalté à la droite du Père.

L’évangile d’aujourd’hui est aussi bouleversant par la manière qu’il propose d’inviter à un repas, une manière qui est celle de Dieu lui-même. « Quand tu donnes une réception, dit Jésus, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. Heureux seras-tu parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour ». Ce que Jésus énonce là, c’est la manière d’inviter qui est propre au Royaume de Dieu. Cette manière d’inviter révèle Dieu, révèle le cœur de Dieu. C’est dire que nous sommes invités, tous et toutes, au festin du Royaume de la même manière que tous ces pauvres, boiteux, estropiés et aveugles qui n’ont rien à faire valoir et qui n’ont pas d’obligation à rendre. Tous et toutes, en d’autres termes, nous sommes invités à la table du royaume sans condition et sans obligation de rendre, comme les pauvres eux-mêmes. Une place à la table du royaume ne se prend pas comme un droit, une conquête ou même une récompense. En réalité, on se découvre invité par grâce. On a juste à y consentir. C’est là l’inouï de la Bonne Nouvelle.

Et nous sommes invités à imiter, dans notre vie concrète, autant que nous le pouvons, les mœurs de Dieu lui-même. Une société s’honore quand elle pratique, à l’instar de Dieu, la gratuité, quand elle donne une place d’honneur à ceux qui ne comptent pour rien, à tous les blessés de l’existence qui ne peuvent pas rendre, qui n’ont pas de « rendement » ou d’utilité au sens économique du terme. Alors, chaque fois, c’est Dieu lui-même qui est honoré et c’est un véritable culte – celui qui lui plaît – qui lui est rendu.

Père André Fossion sj
Communauté Notre-Dame de la Paix, Namur

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[1] Lc 14, 15-24 ; Mt 22, 1-14.

[2] Lc 22,27